La Turquie dans la tourmente

Mardi 28 juin au soir, la Turquie a de nouveau été le théâtre d’une attaque terroriste dans l’un des terminaux de l’aéroport international Atatürk d’Istanbul, faisant pour l’heure 41 morts et 239 blessés. Depuis juin 2015, le pays est plongé dans un climat de violence et les attentats ne cessent de se multiplier. Ils sont à la fois liés à la reprise du conflit avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), autonomiste et en guerre contre Ankara depuis 32 ans, mais aussi la menace représenté par l’Etat islamique qui sévit de plus en plus régulièrement.

Depuis le mois de mai, la Turquie redéfinit son approche diplomatique régionale : elle a « normalisé » ses relations avec Israël, montré des gestes de conciliation envers la Russie alors que la tension était extrêmement forte entre les deux pays depuis qu’Ankara a abattu fin novembre un avion de guerre russe qui survolait la Syrie, développé une approche plus modérée vis-à-vis du président égyptien al-Sissi, mais aussi évoqué  un éventuel changement d’approche en Syrie. Le froid diplomatique avec Israël s’était inscrit pour la Turquie dans une période où elle cherchait elle-même à affirmer son influence régionale, sur fond de révolutions arabes. Depuis, la guerre en Syrie, la crise des réfugiés et le durcissement du régime turc, qui a suscité de nombreuses critiques occidentales, ont changé la donne.

Aujourd’hui, la Turquie doit réviser ses ambitions hégémoniques à la baisse et doit s’ancrer dans la realpolitik. Israël et la Turquie partagent aussi une défiance commune envers l’Iran qui depuis l’Accord de Vienne de juillet 2015 a multiplié les coopérations économiques avec l’Occident. Comme l’Arabie Saoudite, la Turquie a compris la nécessité de faire rempart et l’accord conclu avec l’Etat hébreu est peut-être le signe de la mise en place d’une grande alliance régionale entre les Etats sunnites pragmatiques et Israël contre les Chiites. L’Egypte, la Turquie, l’Arabie saoudite et Israël sont tous les quatre confrontés à une double menace: celle (extérieure) incarnée par Daech et celle (intérieure) de l’islamisme radical qui se manifeste sur leur sol par des attentats menés par des groupes terroristes.

En Israël, les avis sont partagés sur cet accord scellé avec un Erdogan autoritaire et peu fiable. Le cabinet de sécurité israélien a approuvé l’accord de réconciliation avec la Turquie lors d’un vote mercredi après-midi mais le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, le ministre de l’Éducation Naftali Bennett et la ministre de la Justice Ayelet Shaked se sont prononcés contre l’accord.

Les partisans de ce réchauffement évoquent les intérêts énergétiques partagés entre les deux pays. L’exploitation de gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale, au potentiel faramineux selon les Israéliens, nécessite de coopérer. Ankara veut diversifier ses sources d’approvisionnement afin de ne pas trop dépendre de la Russie, alors qu’Israël perçoit la Turquie comme un client à venir.