Trump peine à séduire les Américains vivant en Israël

Par Cyrille Louis – Figaro

200.000 électeurs américains résident en Israël et dans les colonies de Cisjordanie. Donald Trump tente de les convaincre de voter pour lui à la présidentielle du 8 novembre.

«Donald Trump, dans l’intérêt d’Israël.» Ainsi claque, traduit de l’hébreu, le slogan choisi par le candidat républicain pour tenter de convaincre les quelque 200.000 électeurs américains résidant en Israël et dans les colonies de Cisjordanie de voter pour lui à la présidentielle du 8 novembre. La section locale du parti, qui n’avait pas dissimulé ses réserves à l’encontre du milliardaire durant la primaire mais s’est depuis rangée derrière lui, a lancé sa campagne, il y a deux semaines, dans la ville de Modiin. «Ces électeurs, dont beaucoup votent dans des États pivots comme la Floride, l’Ohio ou la Pennsylvanie, peuvent faire la différence», assure Mark Zell, chef de file des républicains dans le pays, qui précise s’être adjoint les services de «consultants spécialisés» pour livrer bataille.

L’homme d’affaires, s’il martèle régulièrement son attachement à l’État hébreu, est en effet loin d’avancer en terrain conquis. Son franc-parler, en particulier dans la dénonciation de l’islamisme radical, y est largement apprécié d’un public peu sensible au «politiquement correct». Donald Trump séduit lorsqu’il dit vouloir s’inspirer de l’expérience israélienne dans la lutte antiterroriste pour construire un mur le long de la frontière avec le Mexique et généraliser le profilage aux frontières. Mais certaines de ses positions ont récemment suscité de l’incompréhension, voire un certain agacement. Bien peu ont compris qu’il affirme, avant de se rétracter, vouloir se montrer «neutre» dans le traitement du conflit israélo-palestinien. Son souhait, plusieurs fois réaffirmé, de revoir à la baisse le volume du soutien apporté par Washington à certains de ses alliés a de même jeté un froid dans un pays qui reçoit chaque année 3 milliards de dollars d’aide militaire américaine. Depuis lors, Donald Trump a dû préciser qu’Israël ne saurait être visé par ce programme d’économies…

«Ce que les Israéliens cherchent, c’est un président américain qui soit à la fois stable et prévisible, explique Mitchell Barak, spécialiste de l’opinion publique dans les deux pays. Ils ont horreur d’être pris à contre-pied, notamment sur le terrain très sensible de la relation avec leur plus proche allié. Or Donald Trump est, à tort ou à raison, perçu comme versatile.» Selon un sondage réalisé en mai dernier par l’Institut israélien pour la démocratie, seules 28 % des personnes interrogées estiment qu’il ferait un bon président du point de vue de l’État hébreu – soit un score de dix points inférieur à celui qu’obtient Hillary Clinton. «Trump n’est pas un candidat fiable pour la sécurité d’Israël», balaie Shmuel Rosner, chef de file des démocrates israéliens.

Conscients des interrogations que suscite leur candidat, les républicains ont choisi d’axer leur campagne sur la dénonciation du bilan de Barack Obama au Proche-Orient. «Hillary est largement comptable d’une politique qui a creusé un fossé sans précédent entre les États-Unis et Israël, dénonce Mark Zell. Ensemble ils ont encouragé les printemps arabes, lâché leurs alliés en Égypte et laissé croître l’organisation État islamique. C’est pourquoi il est temps que les électeurs
américains qui résident en Israël mettent un terme à ce gâchis en envoyant Donald Trump à la Maison-Blanche.»

À moins d’un rebondissement, il n’est pas prévu que le candidat républicain se rende en Israël d’ici au scrutin. Benyamin Nétanyahou l’a implicitement déclaré persona non grata par crainte de troubles à l’ordre public en décembre dernier, peu après que le milliardaire eut déclaré vouloir interdire l’entrée des musulmans aux États-Unis. À Jérusalem, ses partisans s’accrochent désormais à l’espoir que sa fille Ivanka, convertie au judaïsme, aura le temps de venir leur prêter main-forte. «Ce serait pour nous, plaide Mark Zell, une aide formidable.»