Terrorisme : la détention administrative controversée en Israël

Cyrille Louis – Correspondant à Jérusalem / Le Figaro

Les juges militaires israéliens, peu habitués à recevoir les louanges de la communauté internationale, conserveront sans doute un souvenir ému de leur rencontre avec Georges Fenech. De passage jeudi dernier à l’occasion d’une  conférence sur le terrorisme, le député du Rhône en a profité pour faire une brève incursion en Cisjordanie occupée afin de visiter la prison d’Ofer. Il a parcouru le centre pénitentiaire, rencontré le président du tribunal militaire et assisté à la comparution d’un Palestinien placé en détention administrative.


«Le système israélien me semble
avoir fait la preuve de son efficacité.»
 

Georges Fenech, député du Rhône


L’ex-membre de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre (http://tinyurl.com/zwl2h89), qui soutient la candidature de Nicolas Sarkozy, plaide pour que la France s’inspire de l’État hébreu et autorise la rétention préventive des suspects de terrorisme (http://tinyurl.com/h8onvu6). «Le système israélien me semble avoir fait la preuve de son efficacité», a-t-il confié à l’issue de sa visite, jugeant que «cette procédure est entourée de toutes les garanties procédurales» et qu’«elle respecte autant que possible les libertés individuelles».

Hérité du mandat britannique, ce dispositif permet au commandant des forces armées en Cisjordanie d’ordonner l’incarcération d’un suspect sans l’informer des preuves réunies à son encontre, et ce pour une période de six mois renouvelable autant de fois qu’il le juge nécessaire. La décision, applicable sans délai, est examinée a posteriori par un juge militaire et peut faire l’objet d’un recours devant la Cour suprême.

Ce régime destiné à prévenir «une menace contre la vie de la nation» n’est pas, en soi, contraire au droit international dès lors qu’un pays y recourt de façon exceptionnelle. Mais son utilisation quasi routinière vaut aux autorités israéliennes d’être régulièrement mises à l’index par la Commission des droits de l’homme de l’ONU, qui appelle à «libérer sans délai l’ensemble des détenus administratifs ou bien à les poursuivre rapidement».

Le nombre de Palestiniens placés en détention administrative a varié au gré des périodes et des convulsions politiques. Il dépassa le millier au plus fort de la première intifada avant d’être ramené à une poignée après les accords d’Oslo, puis d’exploser à nouveau lorsque se succédèrent les attentats sanglants des années 2000. Après une baisse liée au reflux des violences, il ne cesse de progresser depuis trois ans et atteignait 750 en avril dernier lorsque l’administration pénitentiaire israélienne a soudain cessé de publier ce décompte. Si la majorité de ces détenus sont élargis après six mois, un petit nombre reste incarcéré plus longtemps. Quelques-uns passèrent jusqu’à cinq ans dans les geôles israéliennes sans jamais pouvoir se défendre contre les indices soumis par les services de sécurité intérieur (Shabak). «C’est sans doute trop», concède Georges Fenech, qui propose de limiter à six mois renouvelables une fois la période de «rétention administrative».

Faute d’avoir accès aux indices recueillis contre ces centaines de suspects, les militants des droits de l’homme en sont réduits à souligner que certains n’ont à première vue pas le profil de terroristes. L’astrophysicien Imad Barghouti, qui enseigne à l’université al-Qods de Jérusalem, fut ainsi placé en détention administrative en avril dernier. Plusieurs centaines de scientifiques du monde entier prirent sa défense, si bien que la justice militaire dut se résoudre à l’inculper pour ses publications sur Facebook. Le clown Mohammed Abou Sakha,  qui enseigne à l’école du cirque de Birzeit, est détenu sans inculpation depuis décembre 2015. «Il doit être remis en liberté sans délai», exige l’ONG Amnesty International, qui déplore un «déni de justice». 


Grèves de la faim

«La détention administrative est imposée comme mesure préventive de dernier recours, dans les situations où le détenu présente une menace sérieuse et tangible contre la sécurité», plaide le porte-parole de l’armée. «Israël utilise ce régime pour écraser les Palestiniens et étouffer toute forme de protestation, même non-violente, contre l’occupation», lui répond Qaddura Fares, président du Club des prisonniers à Ramallah. Celui-ci souligne que des grèves de la faim collectives sont régulièrement conduites dans les prisons israéliennes (http://tinyurl.com/jq89oh4) afin de protester contre la détention extrajudiciaire, parfois avec succès. Le détenu Bilal Kayed, qui fut réincarcéré sur ordre de l’armée en juin dernier alors qu’il venait de purger quatorze ans de prison pour son implication dans la seconde intifada, vient ainsi d’obtenir la promesse qu’il sortira en décembre. Un billet de sortie qu’il a empoché après plus de deux mois sans s’alimenter… 


Nouvelles attaques anti-israéliennes

Deux Palestiniens ont été abattus lundi à Hébron (http://tinyurl.com/zzxhhlg)(Cisjordanie) après avoir tenté en vain de poignarder des policiers israéliens non loin de l’entrée du caveau des Patriarches, tandis qu’un autre assaillant avait grièvement blessé deux gardes-frontières à l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem. Sept attaques au total ont été recensées depuis vendredi, alors qu’un calme relatif régnait depuis le début de l’été dans les Territoires palestiniens. De nombreuses arrestations, une surveillance accrue des réseaux sociaux et une étroite collaboration avec les services de sécurité palestiniens avaient permis d’endiguer la contagion des attaques au couteau, à la voiture-bélier et à l’arme à feu au cours desquelles 229 Palestiniens (dont un grand nombre d’assaillants), 34 Israéliens et 2 Américains ont trouvé la mort. Les autorités réfutent un regain de violence à l’approche des fêtes juives qui doivent commencer d’ici à deux semaines