Le règne sans partage de Mahmoud Abbas sur le Fatah

Par le Figaro – Cyrille Louis


Réuni en congrès, le principal parti politique palestinien prépare la succession sous le contrôle étroit d’un président très décrié.

Envoyé spécial à Ramallah

Les Palestiniens ont longtemps eu du mal à y croire. Mais à moins d’un rebondissement de dernière minute, rien ne devrait empêcher le septième congrès du Fatah de s’ouvrir, ce mardi à Ramallah, en présence d’environ 1400 délégués venus de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora. Les deux précédents rassemblements du principal parti politique palestinien, qui fut créé en 1965 par Yasser Arafat, remontent respectivement à 2009 et 1988. Celui qui débute ce matin devrait a minima permettre de renouveler les cent membres du conseil révolutionnaire, les vingt-deux membres du comité central, ainsi que de confirmer Mahmoud Abbas dans ses fonctions de président. Mais les plus optimistes espèrent que cet exercice permettra de régénérer en profondeur un mouvement largement discrédité par l’impasse du processus de paix avec Israël, ainsi que par la division persistante entre les Territoires administrés par le Fatah, et ceux sous contrôle du Hamas.

La préparation du congrès a été dominée par l’affrontement à distance entre les  partisans de Mahmoud Abbas, qui dirige le Fatah depuis la mort de Yasser Arafat, et ceux de Mohammed Dahlan, qui en fut exclu en 2011 dans des circonstances nébuleuses. Depuis son exil contraint à Abu Dhabi, M. Dahlan accuse le chef de l’Autorité palestinienne de dérive autoritaire et lui reproche de vouloir faire entériner son éviction et celle de plusieurs dizaines de ses partisans par les instances dirigeantes du Fatah.

Définir une stratégie claire

Mais les pressions exercées par le « Quartet Arabe » (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis et Jordanie) dans l’espoir de favoriser un rapprochement entre les deux hommes, de même que l’agitation organisée dans certains camps de réfugiés, ont échoué à fléchir la détermination du président palestinien. «Beaucoup de gens exagèrent le pouvoir de nuisance de(Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis et Jordanie) dans l’espoir de favoriser un rapprochement entre les deux hommes, de même que l’agitation organisée dans certains camps de réfugiés, ont échoué à fléchir la détermination du président palestinien. «Beaucoup de gens exagèrent le pouvoir de nuisance de Mohammed Dahlan. Cette fois, j’ai bien l’impression qu’il a perdu la partie», relativise Nasser al-Qidwa, neveu de Yasser Arafat et candidat présumé à la succession de Mahmoud Abbas.

Souvent accusé d’avoir gelé toute vie démocratique pour conjurer le spectre d’une possible défaite dans les urnes (des sondages récurrents affirment que 60 % de la population souhaitent sa démission), le président de l’Autorité palestinienne se défend, en invoquant les circonstances exceptionnelles dictées par l’occupation israélienne, et se dit prêt à rendre la parole au peuple. «Ce congrès du Fatah va permettre de réaffirmer la légitimité du mouvement et d’enclencher un renouveau démocratique, plaide Hussam Zomlot, son conseiller pour les affaires stratégiques. Cette première étape franchie, nous pourrons réunir d’ici à quelques semaines les instances dirigeantes de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) avant d’engager des discussions en vue d’une véritable réconciliation avec le Hamas.»

Sceptiques, de nombreuses voix estiment que la priorité est de faire adopter une nouvelle plateforme par les instances dirigeantes du Fatah, sans attendre un hypothétique rapprochement avec le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza. «Notre mouvement est écartelé depuis trop longtemps entre sa mission de libération nationale et son aspiration, depuis les accords d’Oslo, à construire des institutions», souligne Nasser al-Qidwa. «Le seul moyen de sortir de la crise actuelle est de définir une stratégie claire de lutte contre l’occupation», lui fait écho Qaddura Fares, candidat au comité central, qui rejette la lutte armée aussi bien que les vaines négociations avec Israël et s’appuie sur la résistance non- violente.