Rapprochement Egypte – Israël : L’axe sunnite se renforce

Alors qu’un rapprochement entre Israël et les Etats sunnites de la région est en marche depuis plusieurs mois, c’est l’Egypte qui, cette semaine s’est engagée dans cette même voie. La visite surprise du chef de la diplomatie égyptienne Sameh Choukri en Israël pourrait augurer d’une nouvelle étape positive de la coopération israélo-arabe et conduire à la relance des pourparlers de paix israélo-palestiniens sous les auspices égyptiens. Une approche bilatérale pour résoudre le conflit qui aurait l’avantage de plaire aux deux camps.

Israël et l’Egypte ont toujours maintenu une relation de paix froide. Même à l’époque où Mohammed Morsi était au pouvoir au Caire, les services de renseignements israéliens maintenaient le contact avec leurs homologues égyptiens. Cependant, la dernière visite d’un ministre égyptien des Affaires étrangères en Israël remonte à neuf ans. C’était en juillet 2007, Ahmed Aboul Gheit, actuel secrétaire général de la Ligue arabe, et son collègue jordanien Abdelelah Al-Khatib s’étaient rendus à Jérusalem dans le cadre d’une mission du « Comité de surveillance de l’Initiative de la Ligue arabe » chargée d’expliquer l’Initiative de paix arabe aux dirigeants israéliens.

Le Caire veut aujourd’hui redevenir un acteur central du conflit israélo-palestinien, et retrouver son rang sur la scène moyen-orientale. Il agit également par intérêt avec son voisin israélien dont il a besoin pour lutter efficacement contre le Hamas et d’autres groupes terroristes, et est avide du gaz naturel d’Israël.

Lors de son passage éclair, Sameh Shoukry a proposé au chef du gouvernement de l’Etat hébreu de relancer les négociations israélo-palestiniennes, en organisant des pourparlers directs au Caire avec la participation de hauts dirigeants égyptiens jordaniens. L’émissaire du maréchal al-Sissi s’était déjà rendu voilà quinze jours à Ramallah pour s’entretenir avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et lui soumettre l’idée de créer un groupe de travail pour restaurer la confiance entre les deux parties du conflit.

Choukri a participé à deux réunions avec Netanyahu – une au bureau, une à la résidence du Premier ministre. Le fait qu’il ait accepté d’être photographié fraternisant avec le dirigeant israélien dans un contexte non professionnel est vraiment inédit. Il s’agit-là d’un signe clair de réchauffement des liens entre les deux gouvernements.

Al-Sissi se percoit comme le nouveau chef du processus de paix israélo-palestinien, comme il l’a clairement indiqué dans son discours du 17 mai appelant les deux parties à relancer les négociations et offrant sa direction dans le processus. Dans cette perspective Semeh achoukri a déclaré au bureau du Premier ministre : « Ma visite en Israël aujourd’hui est une continuation du sens de la responsabilité de longue date de l’Egypte en direction de la paix en tant que telle et pour tous les peuples de la région ».

Une nouvelle initiative pour la paix dirigée par al Sissi pourrait bloquer l’initiative française que les Israéliens rejettent et étouffer toute tentative américaine de soutenir une résolution pour la reconnaissance de la Palestine à l’ONU. À cet égard, il y a également une convergence d’intérêts entre les deux pays.