Barrer la route au Front National : Oui et après ?

En trois élections successives (européennes, départementales, régionales), le FN s’est imposé comme le premier parti de France recueillant cette fois-ci 27,96 % des suffrages exprimés, devant l’union de la droite formée par Les Républicains, le MoDem et l’UDI (26,89 %) et le PS 23,33%. Personne n’est vraiment dupe quant à l’aptitude du parti d’extrême-droite à régler les problèmes auxquels la France est confrontée, pas même la plupart de ses électeurs, mais les Français sont las d’être déconsidérés et de voir que les élites mènent une politique déconnectée de la réalité.
Les résultats de dimanche confirment deux dynamiques : l’une qui est à l’œuvre depuis 2012, qui a vu le FN capitaliser sur l’impopularité de l’exécutif et les difficultés de l’opposition de droite à formuler une alternative crédible capable de préparer l’alternance. Cet élan a été renforcé par l’actualité récente : les attaques terroristes, les angoisses sécuritaires, la montée de l’islamisme radical et les questions migratoires perçues comme une menace existentielle à l’échelle européenne. Misant depuis longtemps sur ces problématiques, le FN n’a guère eu à forcer son jeu pour récolter les fruits de son positionnement.

Le vote FN : un électorat qui s’enracine sans vraiment adhérer à une idéologie.

La plupart des électeurs du FN ne votent pas pour la qualité de son programme qui, nous le savons, conduirait la France à sa perte. Pourtant, le parti de Marine Le Pen ne cesse de gagner en influence. A l’exception des cadres du parti, qui compte un grand nombre d’opportunistes ou d’aigris, le vote FN n’est pas un vote idéologique. Nous ne sommes pas dans les années 30, et toute comparaison serait hasardeuse et sans doute contre-productive. Pour autant, les scores que réalise le FN élections après élections constituent une menace sérieuse pour l’avenir de notre pays et pour l’idée que nous nous faisons de la démocratie et des valeurs républicaines. La victoire du FN au niveau local et plus gravement encore au niveau national marquerait un déclassement de la France au plan interne et sur la scène internationale.
Les frontistes ne constituent pas un ensemble homogène. Ce ne sont pas uniquement de dangereux fascistes, xénophobes, racistes et antisémites même si le parti fondé par Jean-Marie Le Pen n’a pas fondamentalement changé depuis sa création et n’a pas rompu avec ses racines et son inspiration vichystes. Ses électeurs envisagent le FN comme l’ultime recours après l’échec de tous mais ne s’identifient pas nécessairement à ses « valeurs » qui renvoient à une autre époque de notre histoire et certainement pas la plus glorieuse.

Combattre les raisons de la colère.

Aujourd’hui il n’est plus possible d’accuser les Français qui ont voté pour le FN d’être irresponsables sans se préoccuper des raisons profondes qui les ont poussées à le faire. Ce n’est pas le FN qui a fait monter la haine mais les menaces réelles qui ont fait monter le FN.

Depuis des décennies, l’incapacité de nos gouvernants de gauche et de droite à comprendre les peurs des Français explique en partie ce vote: la dégradation manifeste de la situation économique a été systématiquement minimisée ; la violence dans les banlieues a transformé des secteurs entiers en zones de non-droit ; la radicalisation croissante de nombreux musulmans et la communautarisation de la société compromet chaque jour un peu plus le caractère laïc de notre république ; le débat sur l’identité française s’est dilué dans un discours égalitariste… bref tant de phénomènes qui pour certains « conduisent la France au tombeau ».

La population se sent méprisée, oubliée, niée dans les problèmes quotidiens et vitaux auxquels elle est confrontée. L’absence de débat, les guerres politiques et partisanes, l’absence de vision et de réflexion approfondie, la médiocrité intellectuelle ont crée une situation de désespérance et de colère.

Front Républicain : la double peine ?

Alors, oui, bien sûr tout doit être fait pour barrer la route au Front National à son programme indigent et à son idéologie nauséabonde. Mais attention, il n’est plus suffisant d’ériger les digues le temps d’une élection. Si Front Républicain il doit y avoir, c’est sur les moyens nécessaires pour éliminer les causes de la montée du FN plutôt que sur les arrangements politiques qui n’ont que pour but de l’empêcher de remporter ponctuellement une élection. Il ne sert à rien de combattre la fièvre si on ne s’attaque pas au mal lui-même.

Il est temps de répondre à la question : Comment en sommes nous arrivés là ? Et y apporter des réponses convaincantes…

Les partis politiques se trompent en parlant de Front Républicain ou en fixant comme seul objectif de faire barrage au FN. C’est un mauvais message envoyé aux électeurs qui se sentent trahis en plus d’être accusés d’avoir mal voté. Le vrai enjeu de ce deuxième tour est certes d’empêcher le FN de gagner. Mais prenons garde que les combinaisons électorales ne soient pas perçues comme un déni démocratique. Il est urgent de répondre aux craintes et questions des Français sans détour, car elles ne sont pas fantasmées.

Le « Je vous ai compris » ne suffira pas !

On ne fera reculer le FN qu’en apportant des solutions et des réponses aux questions posées par les électeurs et en démontrant que le FN n’a aucune solution crédible aux problèmes bien réels des Français qu’il instrumentalise et sur lesquels il prospère.
En refusant de nommer les maux de la France, les partis traditionnels, mais aussi une grande partie des médias, sont responsables de l’ascension du Front National. Si les hommes politiques, mais aussi les intellectuels et les journalistes ne prennent pas la mesure du marasme dans lequel ils ont plongé la France, alors ils vont ouvrir un boulevard jusqu’à l’Elysée à Marine le Pen et au Front National.

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