Netanyahou, VRP des ventes d’armes aux dictatures africaines

Le retour d’Israël en Afrique et de l’Afrique en Israël. Benyamin Nétanyahou a placé sous ce slogan emphatique sa tournée sur le continent, qui le conduit cette semaine en Ouganda, au Kenya, au Rwanda et en Ethiopie. Au nom de la lutte commune contre le djihadisme, le premier ministre cherche à consolider des alliances au potentiel important. Mais en réalité, Israël est présent depuis longtemps en Afrique, avec la discrétion qui sied au secteur concerné : les ventes d’armes. Dans la délégation du premier ministre, les représentants de l’industrie de la défense sont les plus nombreux, loin devant leurs collègues de l’agroalimentaire.

Le retour d’Israël en Afrique et de l’Afrique en Israël. Benyamin Nétanyahou a placé sous ce slogan emphatique sa tournée sur le continent, qui le conduit cette semaine en Ouganda, au Kenya, au

Rwanda et en Ethiopie. Au nom de la lutte commune contre le djihadisme, le premier ministre cherche à consolider des alliances au potentiel important. Mais en réalité, Israël est présent depuis longtemps en Afrique, avec la discrétion qui sied au secteur concerné : les ventes d’armes. Dans la délégation du premier ministre, les représentants de l’industrie de la défense sont les plus nombreux, loin devant leurs collègues de l’agroalimentaire.

Avec une armée régulièrement sollicitée dans des opérations d’envergure et un secteur high-tech florissant, Israël est comme un salon de l’armement qui ne fermerait jamais ses portes. Il a signé pour 5,7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) de contrats en 2015. Sur ce total, l’Afrique arrive très loin derrière les autres continents, avec 163 millions de dollars. Mais les liens tissés au travers de contrats de livraison ou de formation avec des régimes africains autoritaires ou dictatoriaux représentent un réseau précieux. Ils pourraient expliquer l’accord signé avec le Rwanda et l’Ouganda en 2015. Ceux-ci ont accepté l’expulsion vers leur territoire de milliers de clandestins d’Erythrée et du Soudan échoués en Israël. La contrepartie de cette sous-traitance de la misère demeure floue, mais la proximité politique ne fait pas de doute.

Avec une armée régulièrement sollicitée dans des opérations d’envergure et un secteur high-tech florissant, Israël est comme un salon de l’armement qui ne fermerait jamais ses portes. Il a signé pour 5,7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) de contrats en 2015. Sur ce total, l’Afrique arrive très loin derrière les autres continents, avec 163 millions de dollars. Mais les liens tissés au travers de contrats de livraison ou de formation avec des régimes africains autoritaires ou dictatoriaux représentent un réseau précieux. Ils pourraient expliquer l’accord signé avec le Rwanda et l’Ouganda en 2015. Ceux-ci ont accepté l’expulsion vers leur territoire de milliers de clandestins d’Erythrée et du Soudan échoués en Israël. La contrepartie de cette sous-traitance de la misère demeure floue, mais la proximité politique ne fait pas de doute.

Aujourd’hui, des activistes et des élus israéliens veulent ébrécher l’opacité qui entoure les affaires des 1 400 entreprises d’armement pourvues d’une licence, dont une poignée domine le marché. En première ligne se trouve la députée du Meretz (gauche), Tamar Zandberg. Elle porte un amendement à la législation sur les exportations d’armement, qui date de 2007, afin de l’aligner sur celle des Etats-Unis. Longtemps seule, elle bénéficie désormais du renfort de 19 députés, dont certains du Likoud (droite nationaliste), la formation de M. Nétanyahou. « Le texte est très modéré, dit-elle au Monde. Il prévoit que le ministère des affaires étrangères donnerait un avis non contraignant sur d’éventuels crimes de guerre ou violations des droits de l’homme dans les pays concernés par les demandes de licence. » A la Knesset, l’amendement a reçu l’appui de l’ancien directeur du Shin Beth (service de sécurité intérieur) Avi Dichter. Et les travaillistes ? « Je n’attends plus rien d’eux et de leur morale flexible comme le journal du jour », lâche Mme Zandberg.

« Manque de morale élémentaire »

L’élue de gauche a aussi lancé un recours devant la Cour suprême au sujet des contrats avec le Soudan du Sud. Elle réclame l’annulation de la fourniture d’un système de surveillance et d’interception des communications, dont un rapport de l’ONU soulignait l’importance en janvier dans la répression intérieure orchestrée par le régime du président Salva Kiir. L’utilisation de fusils d’assaut de fabrication israélienne avait déjà été avérée dans la guerre civile, qui a débuté en 2013. 
Israël assure qu’aucune arme n’a été envoyée après cette date.

Depuis la guerre du Kippour (1973), Israël a toujours exporté des armements à destination de pays peu fréquentables ou parias, du Chili de Pinochet à l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Non pour des raisons idéologiques ou économiques, mais au nom des alliances forgées dans cette diplomatie militaire. A quel moment commence la complicité dans les crimes ? Les livraisons au Rwanda, alors même que le génocide des Tutsis avait débuté en avril 1994, ont provoqué de vifs débats. « Ce n’était pas beaucoup d’argent. Je ne peux pas m’expliquer ce manque de morale élémentaire, soupire le professeur Yair Auron, spécialiste des génocides. Les bourreaux peuvent agir grâce à des partis tiers. Livrer des armes pendant le massacre des Tutsis, c’est comme livrer des armes aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. »

M. Auron, historien passionné, s’est allié avec un jeune et brillant avocat israélien, proche de la députée Zandberg, pour faire la lumière sur les responsabilités israéliennes. A Jerusalem, Eitay Mack dispose d’un petit bureau en haut d’une tour vieillotte. De là, penché sur son ordinateur, il est parti à l’assaut de la forteresse du ministère de la défense. « Jusqu’à la fin de la guerre froide, tout le monde vendait à tout le monde, dit-il. Or, Israël a continué à jouer selon ces règles par la suite, en soutenant les dictateurs de l’ancien monde, en formant leurs gardes présidentielles. » M. Mack a notamment réclamé la communication de documents officiels sur les exportations au profit du régime rwandais, entre 1990 et 1994. Dès 1995,

Amnesty International avait mentionné des vols en provenance d’Israël, via l’Albanie, livrant des fusils usagés, et ce après le début du génocide, alors qu’un embargo avait été imposé par les Nations unies.

Les autorités refusent de déclassifier des documents

En avril, la Cour suprême a rejeté l’appel déposé par Eitay Mack contre le refus officiel de déclassifier les documents. Argument évoqué : la protection des intérêts de l’Etat, vingt-deux ans plus tard. Début juin, en réponse à une autre procédure déclenchée par l’avocat, le ministère de la défense a assuré qu’il avait mis un terme à toute exportation d’armes à destination du Rwanda six jours après le début du génocide, soit le 12 ou le 13 avril 1994. Eitay Mack compte faire appel. « En Israël, la distinction public-privé n’a pas de sens, dit-il. On n’est pas aux Etats-Unis, où il est possible de franchir la frontière mexicaine à bord d’un petit avion. Ici, il n’y a qu’un seul aéroport. Aucune marchandise sensible ne peut sortir sans que les autorités le sachent. »

Face à ces appels à la transparence, l’Agence de contrôle des exportations de défense est sortie de son silence. Elle dit avoir ouvert, en 2015, 176 dossiers pour des soupçons de violations de la loi,  imposant 2,8 millions de shekels d’amende (soit 650 000 euros). Les autorités assurent qu’elles ont relevé le seuil de vigilance.