L’héritage de Shimon Peres

Il était l’un des pères fondateurs d’Israël, devenu une légende vivante, l’incarnation d’une sagesse politique. Du militantisme sioniste de sa jeunesse au sommet de l’État d’Israël dont il fut Président, Premier ministre et ministre à plusieurs reprises, il était une figure emblématique de la scène politique israélienne. Sa carrière ayant débuté à l’aube de la proclamation de l’État hébreu, il fut le principal artisan du développement de la puissance militaire de son pays, avant de devenir dans la seconde partie de sa vie l’un des architectes de la paix dans la région tourmentée du Proche-Orient. Lui qui avait essuyé nombre de revers dans sa vie politique avait su se relever, se bâtissant ainsi une aura internationale. Shimon Peres s’est éteint mercredi 28 septembre à l’âge de 93 ans, laissant en héritage l’espoir que la Paix est possible au Moyen-Orient.

Alors que les hommages ne cessent de se multiplier depuis sa disparition et qu’Israël se prépare à accueillir des chefs d’Etat du monde entier, le 9ème Président de l’Etat d’Israël et prix Nobel de la paix nous a livrés un certain nombre d’enseignements aussi bien moraux que stratégiques qui peuvent aujourd’hui servir de fondement à l’avenir de la région, même si celui-ci semble condamné.

Dans un entretien accordé au Monde en septembre 2009, Shimon Peres déclarait : « La meilleure façon d’apprendre à nager est de le faire à contre-courant. Sans craindre la solitude, la controverse, l’impopularité ». Son légendaire optimisme est sans aucun doute une source d’inspiration dans ce Moyen-Orient si chaotique. Malgré toutes les phases douloureuses qui ont jalonné l’Histoire d’Israël, il a toujours cru à la réconciliation avec le monde arabe et au dialogue avec les Palestiniens. Certains commentateurs se plaisent à dire qu’il fut un faucon devenu colombe, pour avoir été l’artisan de la puissance nucléaire israélienne, il a largement contribué à bâtir l’arsenal sécuritaire du pays. Ces dernières années, malgré le pessimisme ambiant au sein de la société israélienne, il répétait à toutes les tribunes et à longueur d’interviews que la paix était encore possible, à condition d’en avoir la volonté et le courage.

Autre héritage précieux, la Pax Economica. Suite aux accords d’Oslo de 1993, Shimon Peres rêvait d’un « nouveau Moyen-Orient » en mettant en avant la complémentarité des économies israélienne et palestinienne : parcs industriels, silicon valley, parcs touristiques transfrontaliers, universités binationales, zones franches, tunnels reliant et autoroutes reliant les capitales de la région. Pour lui, les Palestiniens ayant beaucoup à perdre, ils adhéreraient à la paix avec Israël oubliant ainsi leurs rêves de conquête ou de revanche sur l’histoire. Ce processus impliquait  que les deux acteurs soient prêts à faire des concessions sur leurs  aspirations et leurs rêves  politiques. La Pax Economica n’a jamais été portée en projet politique mais cette idée perdure aujourd’hui, s’étendant même à l’ensemble du monde arabe.

Si la mort de Shimon Peres a suscité un tel émoi, c’est parce qu’il incarnait un miroir de la complexité de la société israélienne mais aussi une figure patriarcale rassurante face à un avenir incertain. Aujourd’hui, l’unanimité et la ferveur des hommages côté israélien donnent une idée de son statut à part sur la scène publique.

L’héritage de Shimon Peres pourrait bien devenir la feuille de route de l’avenir du Moyen-Orient et du monde qui ne savent comment sortir d’une crise qui dépasse les contingences politiques et stratégiques.