Les neuf chantiers de Donald Trump

Par Esther Paolini pour le Figaro

Le futur locataire de la Maison-Blanche devra apporter des réponses aux principaux obstacles que rencontre son pays, à l’intérieur et en dehors de ses frontières. Tour d’horizon.

• La guerre en Syrie, une priorité

La guerre en Syrie sera inconditionnellement l’une des priorités du prochain président. Si l’aviation américaine et des troupes au sol sont déjà présentes en Syrie, en Irak et en Libye, le futur président devra proposer un plan d’action durable contre Daech. Dans ce contexte, le réchauffement des relations avec l’Iran demeure fragile. L’accord sur le nucléaire iranien n’a pas estompé toutes les tensions et Washington accuse toujours la puissance chiite de soutenir le régime de Damas et certains groupes terroristes. Enfin, si la coopération américano-saoudienne reste solide, notamment à travers des intérêts pétroliers et financiers communs, la pression sur Riyad s’accentue, les États-Unis ne pouvant fermer les yeux sur le rôle de l’Arabie saoudite dans la guerre civile au Yémen.

• Le processus de paix au Proche-Orient à relancer

Projet inachevé de l’administration Obama, les relations entre Israël et la Palestinen’ont cessé de se détériorer sous son mandat. Les États-Unis, malgré les efforts des secrétaires d’État Hillary Clinton puis John Kerry, n’ont pu endiguer cette débâcle. On a en effet constaté une escalade de violence, en 2014 et en mai 2016 notamment. De même, les tentatives de dialogue de la part des États-Unis et ses alliés sont restés vaines. Le premier ministre Benyamin Nétanyahou n’a pas ralenti le processus de construction de logements dans les quartiers de colonisation, ce qui n’a pas amélioré le contact avec Barack Obama, par ailleurs tendu depuis l’accord sur le nucléaire iranien.

Nétanyahou ayant appelé à voter pour Mitt Romney en 2012, les relations tenduesentre les deux chefs d’État n’ont jamais été un secret. Pour autant, l’État hébreu et les États-Unis sont des partenaires de longue date, une alliance qui s’illustre à travers un nouveau programme d’aide pour la période 2019-2028, d’un montant record de 38 milliards de dollars.

• Les relations tendues avec le rival chinois

Éternels rivaux commerciaux, les deux pays partagent paradoxalement de nombreux intérêts économiques, la Chine étant le premier pays détenteur de dette américaine. Mais face aux poussées impérialistes de la Chine, Washington cherche à préserver la liberté de naviguer en mer de Chine… Et se rapproche davantage de ses alliés asiatiques. Du Japon au Vietnam, plus de 12 pays ont signé l’accord de partenariat transpacifique, créant la plus grande zone de libre-échange au monde, sans la Chine. Restera à ratifier cet accord auquel tant Clinton que Trump se sont montrés hostiles. La libéralisation de cette zone Pacifique pourrait être un atout de taille dans la course à la place de première puissance économique mondiale, remportée par la Chine depuis 2014 (si l’on calcule le PIB en parité de pouvoir d’achat).

• La Russie: vers une nouvelle guerre froide?

Depuis le début de la crise en Ukraine en 2014, les relations entre Washington et Moscou se sont largement dégradées. Alors que de nombreux pays d’Europe de l’Est s’inquiètent des poussées expansionnistes de la Russie, le Kremlin a vu d’un très mauvais œil l’amplification de la présence de l’OTAN en Europe. Depuis, l‘opposition entre Barack Obama et Vladimir Poutine sur le conflit syrien n’en finit pas de ternir les relations américano-russes. Alors que la Russie est critiquée pour ses bombardements en Syrie aux côtés du régime, le contact a été coupé à plusieurs reprises entre les deux pays, et le désaccord sur le sort de Bachar el-Assad ne permet pas d’envisager une sortie de crise. Surtout, leur intervention mutuelle en Syrie fait craindre une véritable confrontation militaire.

• Une société américaine toujours plus inégalitaire

Si le pays est proche du plein-emploi, à 4,9% de taux de chômage, il cache de profondes disparités. D’après l’OCDE, en 2014 (derniers chiffres disponibles), les États-Unis sont, parmi les pays développés, le deuxième État où les différences de revenus sont les plus fortes, derrière le Mexique. La Banque mondiale s’est d’ailleurs inquiétée de voir que la part dans le revenu national des «1%» les plus aisés est passée de 9% à 18% depuis les années 1980, alors que celle de la classe moyenne, elle, a rétréci.

Tandis que 46,7 millions d’Américains vivent toujours dans la pauvreté, de nombreux ménages américains subissent aussi le poids d’un lourd endettement. À l’origine de cette dette, s’élevant actuellement à 12.290 milliards de dollars, le crédit immobilier en représente toujours quasiment les trois quarts. Mais l’endettement par cartes de crédit et celui issu du crédit automobile sont en augmentation. Quant aux prêts étudiants, ils ont doublé entre 2008 et 2016, passant de 660 milliards à 1.260 milliards de dollars, ce qui handicape grandement les jeunes actifs.

Enfin les inégalités entre minorités se sont exacerbées: en mai 2015, le taux de chômage était de 4,6% chez les blancs et plus du double au sein de la population noire, à 11,2%. Ce même écart ressort sur le niveau d’étude: en 2012, alors que 58% des Asiatiques de plus de 25 ans étaient diplômés d’un Bac +3 ou plus, ils n’étaient que 16,9% chez les hispaniques et 26,2% chez les noirs.

• Une dette publique inquiétante

La dette publique sera un enjeu majeur de la politique budgétaire du prochain mandat présidentiel. Elle n’a cessé d’augmenter ces dernières années: en dix ans, la dette nationale est passée de 63,6% en 2006, à une probable dette de 108% du PIB pour 2016. Si l’endettement de l’État a effectivement ralenti depuis le second mandat d’Obama (entre 2012 et 2015, le montant de la dette n’est passé «que» de 102,5% à 105,8% du PIB), elle a atteint cette année la somme astronomique de 19.000 milliards de dollars. Reste que si la montée de la dette préoccupe certains économistes, le programme de Donald Trump devrait la creuser allègrement.

• Le contrôle des armes à feu en question

Aux États-Unis, plus de 30.000 personnes sont tuées par balle chaque année. Le site Gun Violence Archive précise que les homicides volontaires ont augmenté entre 2014 et 2015, passant de 12.575 à 13.338. Pour autant, la majorité de ces morts est donc composée de suicides ou d’accidents, ce qui pose la question de l’accès aux armes à feu dans le pays. Par ailleurs, les bavures policières envers la population noire ont attisé les tensions raciales. Milwaukee, Tulsa, Charlotte… Depuis les émeutes de Ferguson en 2015, les manifestations se sont multipliées dans le pays pour réclamer justice. Le site Killed by Police tient ainsi un registre des personnes tombées sous les balles des forces de l’ordre dans l’année, à ce jour près de 1000 personnes.

• L’immigration en question

Clé de voûte de la campagne de Donald Trump, l’immigration est l’un des points sur lequel la crispation a été la plus forte entre les deux candidats. En 2014, d’après le United States Census Bureau, il y avait 42,2 millions d’immigrés aux États-Unis, ce qui représente un peu plus de 13% de la population totale. Mais si Donald Trump souhaite construire un mur à la frontière américaine, c’est surtout pour combattre l’immigration illégale, qui pourrait représenter 11,3 millions de personnes. D’après des estimations du Pew Research Center, près de 60% d’entre eux sont Mexicains, et les 40% restants principalement issus d’Amérique centrale ou des Caraïbes. Alors que Barack Obama a échoué à réformer la politique d’immigration, toutes ses tentatives ayant été bloquées par le Congrès, son successeur ne pourra faire l’impasse sur cet épineux problème.

• Assumer la signature de l’accord de Paris sur le climat

Alors que Barack Obama a officiellement ratifié l’accord de Paris, c’est à son successeur qu’il reviendra de respecter les objectifs de la COP 21. Contenir l’augmentation des températures sous la barre des 2°C par rapport aux niveaux «préindustriels» nécessitera de mettre en place une vraie politique énergétique «bas carbone». Les États-Unis représentent actuellement plus de 15% des émissions de gaz à effet de serre, ce qui en fait le second pollueur mondial, derrière la Chine.