Le tournant turc

Alors que la confusion demeure toujours en Turquie autour des auteurs de l’attentat de Gaziantep qui a fait 54 morts le 20 août dernier, les autorités ont décidé d’intensifier leur lutte contre l’Etat islamique. Mercredi avant l’aube, l’armée turque a lancé une opération en Syrie pour chasser l’organisation et les milices kurdes de Djarabulus, localité charnière au bord de l’Euphrate. Très rapidement, les rebelles syriens soutenus par Ankara ont annoncé avoir repris la localité, l’offensive n’ayant duré que quelques heures. Cette opération, soutenue par les forces de la coalition internationale antidjihadiste et baptisée « Bouclier de l’Euphrate », est la plus grande que la Turquie ait mené depuis le début du conflit syrien, il y a cinq ans et demi, bien que d’ampleur modeste – une petite dizaine de chars qui n’ont avancé que sur 3-5 kilomètres.

Ankara redoute toute tentative des Kurdes de Syrie de créer un territoire autonome le long de sa frontière. La Turquie considère l’EI et le PYD comme des organisations terroristes et les combat, alors que son allié américain soutient, au désespoir d’Ankara, les Kurdes contre les djihadistes en Syrie.

La Turquie est aussi soucieuse d’empêcher l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par le PYD mais aussi composées de groupes armés arabes luttant contre l’EI, de Manbij vers Djarabulus et ne veut pas que les Kurdes se positionnent davantage à la frontière.

Depuis le mois de mai, la Turquie a changé de stratégie diplomatique : elle a  normalisé ses relations avec Israël, montré des gestes de conciliation envers la Russie alors que la tension était extrêmement forte entre les deux pays, développé une approche plus modérée vis-à-vis du président égyptien al-Sissi, mais aussi évoqué un changement d’approche en Syrie.

La guerre contre Daech est devenue la priorité de la Turquie, ce qui constitue un véritable tournant, son objectif étant que l’armée syrienne libre prenne le contrôle et non les Kurdes, ses ennemis jurés. D’ailleurs, vendredi au petit matin, une voiture piégée a explosé dans le sud-est du pays, à Cizre, entraînant la mort d’au moins onze policiers. Plus soixante-dix personnes ont été blessées, en grande majorité également des policiers. L’attaque a été revendiquée par PKK, organisation considérée comme terroriste par les autorités turques. 

A l’heure actuelle, la stabilité de la Turquie, l’évolution de son armée et ses orientations internationales constituent trois inconnues face auxquelles il est pour l’heure difficile de manœuvrer, tant que ses intérêts stratégiques se confronteront à ses ambitions politiques.