Le plaidoyer de Patrick Pelloux et Zineb El Rhazoui pour une meilleure déradicalisation

Le Figaro – Par Anne Jouan

INTERVIEW – L’urgentiste et la journaliste, anciens membres de la rédaction de Charlie Hebdo, réagissent à l’annonce de la collaboration entre Dounia Bouzar et l’ex-mentor des Kouachi Farid Benyettou. Patrick Pelloux, l’urgentiste et Zineb El Rhazoui*, journaliste, sont des anciens membres de la rédaction de Charlie Hebdo. Ils ne croient pas en la déradicalisation de l’ancien leader de la filière des Buttes-Chaumont Farid Benyettou.


  • LE FIGARO.
    Etes-vous choqués d’apprendre que Farid Benyettou travaille avec l’association de déradicalisation de Dounia Bouzar? Pourquoi?
  • Patrick PELLOUX.
    Je vais saisir la ministre de la Santé, lui demander que la Haute autorité de santé évalue les pratiques de déradicalisation. Sur quels critères scientifiques travaillent ces associations? Benyettou qui fait de la déradicalisation  c’est comme si on demandait à une marque de cigarettes de se charger des campagnes anti-tabac! C’est une injure. On nous fait croire qu’on est dans un film et qu’à la fin, même les méchants deviennent gentils. Je ne comprends pas les psychiatres qui font confiance à Beneyettou, ils sont dansl’imaginaire et la croyance.
  • Zineb EL RHAZOUI.
    On ne peut pas confier le chantier de la déradicalisation à des amateurs. Et surtout, nous voulons entendre les déradicalisés dire qu’ils désavouent l’idéologie islamiste. Entendre que Beneyettou fait de la déradicalisation est pour moi, de l’ordre du viol ou du pied de nez.

Comment s’y prendre pour déradicaliser?

  • Patrick PELLOUX.
    C’est comme pour les criminels sexuels, on ne sait pas réellement faire, comment les rééduquer, les déprogrammer. Ce qui est certain, c’est qu’il faut engager des personnels qualifiés comme des pychiatres, des psychologues, des assistantes sociales. L’Etat doit cesser de faire confiance à des personnalités dont les méthodes n’ont pas été évaluées.

Vous comparez l’islamisme au fascisme. Pourquoi?

  • Zineb EL RHAZOUI.
    Pour moi, le terrorisme n’a pas seulement des racines sociales ou pyschologiques. On doit comprendre que ces jeunes ont reçu un lavage de cerveau: c’est pourquoi il faut les choquer pour les réveiller. Or l’État français considère que l’on ne peut pas déradicaliser en parlant des Lumières ou de sciences, mais en disant qu’il s’agit juste d’expurger l’islam de ce qui nous ennuie, à savoir le terrorisme. Pour moi, la vraie déradicalisation, c’est la liberté de critiquer l’islam. Or aujourd’hui, ceux qui critiquent cette théologie vivent avec des gardes du corps. Aujourd’hui en France, on veut respecter l’islam mais, en réalité, c’est l’islamisme que l’on respecte. Par ailleurs, il faut comprendre que les vraies victimes du terrorisme ne sont pas ces radicaux mais nos amis de Charlie, les gens du 13 novembre, de Nice et leurs familles. Quand, après la Seconde Guerre mondiale, on a voulu se débarasser du nazisme, on n’a pas seulement puni les nazis mais également la littérature. On a interdit les manifestations pacifiques de l’idéologie nazie. On a fait porter le chapeau à une idéologie et pas seulement à des individus.

*Détruire le fascisme islamique, éditions Ring.