Guerre Israël – Hamas : Bilan et perspectives

Le 26 août 2014, au 50e jour d’une guerre lourde et coûteuse, Israël et le Hamas ont annoncé un accord pour un cessez-le-feu permanent. L’opération Bordure Protectrice, lancée par Tsahal le 8 juillet 2014, avait pour objectif de mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas contre les citoyens d’Israël et démanteler le réseau de tunnels d’infiltration.

Mais au-delà du bilan humain et matériel qu’a engendré cette guerre, c’est sur les stratégies et les perspectives à court terme et long terme qu’il convient de s’interroger. Les objectifs d’Israël ont-ils été atteints ? Quel impact diplomatique a eu cette guerre ? Le Hamas a-t-il remporté une victoire médiatique ? Bordure Protectrice se distingue-t-elle des précédentes opérations menées par Israël ? Quelles répercussions ce conflit a-t-il eu dans les relations israélo-européennes ?

Dans une région du monde qui dispose d’une couverture médiatique inégalée ailleurs, la prudence s’impose. Le bilan et l’analyse doivent prendre en compte tous les paramètres d’un conflit asymétrique.

Objectifs immédiats atteints

Une guerre asymétrique est un conflit qui oppose des combattants dont les forces sont incomparables ; où le déséquilibre militaire, sociologique et politique entre les camps est total : une armée régulière forte contre un mouvement de guérilla a priori faible ; une nation contre un mouvement terroriste. Le National Defense Panel américain la résume dans une étude (Dr. Steven Metz, Dr. Douglas V. Johnson II., Asymmetry and U.S. Military Strategy: Definition, Background, and Strategic Concepts, January 2001) : « Nos ennemis ne vont pas se confronter à nous conventionnellement. Ils aligneront leurs points forts face à nos points faibles. Leurs forces ne seront pas le miroir des nôtres. » L’opération Bordure protectrice comprend ces paramètres. Alors que Tsahal est intervenue après des semaines d’agression en visant des cibles terroristes précises, le Hamas a demandé aux habitants de rester dans les zones visées.De cette manière il était sûr que cela engendrerait des pertes civils que l’on mettrait en lumière dans les médias. Cette exposition des morts, surtout des femmes et des enfants, visait à provoquer une réaction émotionnelle dans le monde, où le plus fort – qui pourtant se défendait d’une agression – serait blâmé et le plus faible – qui était ici l’agresseur – serait soutenu.

Ainsi, le bilan des pertes humaines au cours de la guerre entre Israël et le Hamas semble à première vue disproportionné puisqu’on compte environ 2 143 morts côté palestinien et 71côté israélien. Or comme l’ont indiqués plusieurs rapports, le nombre de victimes palestiniennes est à prendre avec précaution. Car à chaque opération à Gaza, la bataille des chiffres fait rage, constatait le New York Times début août (Jodi Rudoren, Civilian or Not? New Fight in Tallying the Dead From the Gaza Conflict, New York Times, August 5, 2014) dans une longue analyse des données. Entre la difficulté pour les organisations humanitaires d’établir des relevés et l’absence d’informations directes du Hamas, il est impossible de connaître exactement le nombre de combattants morts et d’en déterminer la cause puisque de nombreux missiles tirés depuis Gaza, dont le lancement a été raté, n’ont jamais atteint le territoire israélien, causant aussi de nombreux dégâts.

Si le décompte est toujours en cours, les services de renseignements israéliens, le Shin Beth, estiment aujourd’hui avoir éliminé plus de 1000 terroristes sur des effectifs de 16.000 hommes pour le Hamas, de 5.000 pour le Jiihad islamique et de 5.000 pour les autres terroristes. La majorité des victimes sont des hommes en âge de porter les armes, et le fait qu’ils ne portent pas d’uniforme ne fait pas d’eux des victimes civiles.

Tsahal a ciblé plus de 5085 sites terroristes dans la bande de Gaza. Sans faire de décompte macabre, on peut estimer que le ratio des pertes humaines est extrêmement faible compte tenu du nombre d’interventions, de l’exigüité de la bande de Gaza et la densité de population (1,8 millions d’habitants). Le magazine Business Insider, par la voix d’un de ses auteurs William Slaten, avait repris un article à ce sujet intitulé « Israël a probablement relevé les standards de l’éthique militaire », constatant ainsi «qu’en prévenant à plusieurs reprises les populations civiles de l’imminence d’une attaque ciblée, Israël était probablement un cas unique au monde ». Il notait également « qu’avec une moyenne d’une centaine de morts civils sur plus de 1.100 attaques aériennes en zone urbaine, Israël se trouvait très loin devant les forces de l’OTAN, qui en 1999 au Kosovo tuèrent plus de 500 civils en 900 attaques ».

Si Tsahal n’avait pas scrupuleusement cherché à protéger les civils palestiniens par l’envoi de messages et d’alertes, le bilan serait bien plus lourd. Chaque mort civil est regrettable, mais le Hamas et le Jihad islamique sont responsables de ces pertes car cela fait maintenant près de 15 ans qu’ils bombardent les villes israéliennes. Israël se trouvait donc en situation de légitime défense selon toutes les lois de la guerre.

Au nombre total de victimes palestiniennes, il faut aussi ajouter la trentaine de Palestiniens exécutés par le Hamas après la guerre, accusés d’avoir collaboré avec Israël. Le Hamas et sa branche armée, les Brigades Izz el-Din al-Qassam, n’ont pas officiellement revendiqué la responsabilité des exécutions. Toutefois, une déclaration mise en ligne sur un site Web affilié au Hamas, Al Rai, a justifié les exécutions en expliquant : « Les circonstances actuelles nous ont forcés à prendre ces décisions. »

Le Hamas a infiltré le territoire israélien via des tunnels à 4 reprises avec l’intention de mener des attaques d’envergure. Tsahal a détruit 32 tunnels terroristes du Hamas. 14 de ces tunnels pénétraient à l’intérieur du territoire israélien. Sur le plan militaire, le Hamas a échoué. Non seulement les tunnels ont été neutralisés, mais ses capacités balistiques ont largement été réduites, du fait à la fois de l’efficacité du « Dôme de fer » israélien, des frappes de Tsahal sans précédent sur les rampes de lancement, mais aussi et surtout du blocus total imposé par l’Egypte voisine.

Interrogé sur la chaîne israélienne Aroutz 2, le ministre israélien de la Défense Moshé Ya’alon a affirmé que le Hamas ne disposait plus que de 25% de son stock de roquettes et missiles à l’issue de l’opération Bordure protectrice. « Du point de vue militaire, la victoire est claire. Dans tous les combats que nous avons menés, nous avons vaincu l’autre partie, nous avons détruit le réseau de tunnels offensifs du Hamas, nous avons détruit de nombreux sites de lancements, leurs infrastructures, leurs stocks d’armes, leurs postes de commandement et nous avons procédé à des liquidations ciblées ». « Sur le plan diplomatique, nous avons entraîné le Hamas là où nous voulions le mener, et où il ne voulait pas aller. Vers l’initiative égyptienne », a-t-il ajouté.

Sur le plan politique, le Hamas a également essuyé un échec car aucun pays arabe n’a véritablement soutenu le mouvement islamiste palestinien, très isolé.

Pour autant, le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman estime qu’Israël a manqué une occasion historique d’éliminer le Hamas dans la Bande de Gaza, réitérant son sentiment selon lequel le gouvernement n’avait pas réussi à « finir le boulot ». Le Hamas, même affaibli, conserve une vraie capacité de nuisance, le bilan militaire est relativement lourd pour Tsahal. De plus, les services secrets avaient manifestement sous-évalué la quantité et la sophistication des tunnels.

Gaza et les opinions publiques

Selon un sondage Ifop pour Le Figaro du 23 juillet 2014, deux semaines après le lancement de l’opération Bordure protectrice, les Français se révèlent dans leur ensemble peu engagés vis-à-vis du « conflit israélo-palestinien ». Dans ce cadre, ils sont 71% à n’exprimer de sympathie ni pour un camp, ni pour l’autre (contre 64% en mai 2008, avant le lancement de l’opération Plomb durci, alors que 17% favorisent les Palestiniens et 12% Israël (Ifop pour Le Figaro, Les Français et le conflit israélo-palestinien, juillet 2014).

Dans un autre sondage Ifop pour le quotidien Sud-Ouest paru le 10 août (Ifop pour Sud Ouest, Les Français et le conflit israélo-palestinien, août 2014), les trois quarts des Français n’expriment de sympathie pour aucun des deux camps en présence (74%, +3 points depuis le 21-22 juillet dernier), 17% (stable) se déclarant en faveur des Palestiniens et 9% (-3) pour Israël. Ces résultats, très stables par rapport à ceux enregistrés deux semaines après le lancement de l’opération, confirment le détachement des Français à l’égard des protagonistes du conflit – soit par manque d’intérêt, soit qu’ils ne parviennent plus à identifier clairement de « victimes » de la situation – puisque les Palestiniens comme Israël sont ainsi renvoyés dos à dos.

En France, si les images des manifestations pro-Gaza ont donné le sentiment d’un soutien massif aux Palestiniens ou au Hamas, la réalité était toute autre puisqu’en dehors de militants pro-palestiniens virulents et bien organisés –et souvent d’origine maghrébine, les Français étaient partagés face à ce qui se passait dans les rues. La violence, les dérives antisémites des manifestations et le déploiement des drapeaux algériens, tunisiens, de l’EIL etc. ont choqué un grand nombre d’entre eux. Du reste, 62% des Français se déclaraient favorables à l’interdiction des manifestations pro-palestiniennes, dans un sondage Ifop pour Le Figaro publié le 23 juillet, jour où de nouveaux rassemblements étaient prévus, notamment à Paris.

Bien sûr, comme dans tout conflit asymétrique où une armée régulière combat une organisation terroriste diluée dans la population civile, les images jouent nécessairement en faveur du plus faible, à savoir le Hamas. Mais contrairement à l’opération Plomb durci où la condamnation d’Israël semblait unanime, les opinions ont été beaucoup plus réservées. D’une part parce qu’elles avaient eu écho des méthodes du Hamas, qui utilise les Gazaouïs comme boucliers humains et d’autre part parce que le contexte régional, extrêmement instable, a vraisemblablement bousculé leur champ d’analyse.

Les réactions politiques en France et en Europe

D’un point de vue politique, la position du président Hollande a été jugée très proche d’Israël, ce qui lui a valu des critiques du PS et de l’opposition dans une moindre mesure. Sur le fond, la position française n’a pas réellement changé. La France est en faveur de la coexistence d’Israël et de l’Etat palestinien à venir. Ce qui a été mis en cause, c’est la première déclaration de l’Elysée après la rencontre de François Hollande avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le 9 juillet. Le communiqué de presse indiquait: « Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces ». La proximité du président avec Israël n’est pas nouvelle. Quand il était Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande était déjà un des plus pro-israéliens des dirigeants sociaux-démocrates européens, se plaçant ainsi dans la tradition de la gauche socialiste française. Par la suite, dans un souci de rééquilibrage et pour des raisons de communication politique, la France a demandé à Israël de ne pas utiliser de force excessive à Gaza. Le PS a alors réclamé, par la voix de son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, l’ouverture de « corridors humanitaires » dans la bande de Gaza.

Dans la même lignée que François Hollande, son Premier ministre Manuel Valls a dénoncé fermement les manifestations de soutien à Gaza organisées en France et a condamné ce qu’il a appelé un « nouvel antisémitisme ».

Le 22 juillet, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et italien ont publié un communiqué conjoint condamnant la montée des protestations et des violences antisémites émaillant les manifestations en faveur de Gaza, assurant qu’ils feront « tout leur possible pour combattre ce fléau dans leur pays respectifs ». Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Federica Mogherini avaient alors déclaré à Bruxelles: « Les désordres antisémites, les discours de haine contre les Juifs, les attaques contre les personnes de confession juive et contre les synagogues ne peuvent être tolérés dans nos sociétés en Europe ».

Le même jour, Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union européenne, a condamné fermement les tirs aveugles de roquettes effectués sur Israël par le Hamas et dans la Bande de Gaza par des groupes militants, qui touchent directement des civils : « Il s’agit là d’actes criminels et injustifiables. L’UE demande au Hamas d’arrêter immédiatement de tels actes et de renoncer à la violence. Tous les groupes terroristes à Gaza doivent déposer les armes. L’UE condamne fermement les appels demandant à la population civile de Gaza de servir de boucliers humains. (“We are extremely concerned of course at the continued escalation of violence in Gaza, and we condemn the serious loss of life. We strongly condemn the indiscriminate firing of rockets into Israel by Hamas and militant groups in the Gaza Strip. These are criminal and unjustifiable acts.” by EU High Representative Catherine Ashton following the Foreign Affairs Council, 22 July 2014) »

Positionnement des medias

Les journalistes occidentaux, en s’appuyant sur les chiffres de la propagande du Hamas et en se fiant aux mises en scène macabres orchestrées par le mouvement terroriste, sont tombés dans le piège traditionnel du conflit asymétrique, où les medias dressent un tableau manichéen dans lequel l’armée régulière semble nécessairement riposter de façon disproportionnée. Lorsque le rapport Goldstone a faussement affirmé que la grande majorité des personnes tuées dans l’opération Plomb Durci étaient des civils et non des combattants du Hamas, beaucoup d’habitants de Gaza se sont plaints, accusant le Hamas de lâcheté après avoir tué tant de civils alors que les combattants avaient été épargnés. À la suite de ces plaintes, le Hamas a été contraint de reconnaitre le nombre de combattants et policiers armés tués. Mais cette correction ne sera pas diffusée dans les médias, comme la correction précédente ne l’avait pas été.

La stratégie médiatique du Hamas s’est illustrée par son utilisation de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza. Là, les chefs ont commandité leur offensive depuis un bunker souterrain caché sous l’hôpital. Les reporters étaient interdits d’accès au bunker et étaient invités à la place à un point presse dans la cour de l’hôpital. Les journalistes qui cherchaient à interviewer le Hamas devaient faire la queue, un poste idéal pour prendre des photos de civils et de combattants blessés (ces derniers étant inévitablement habillés en civils) qui étaient amenés à toute vitesse à l’intérieur de l’hôpital. Le 21 juillet, le correspondant du Wall Street Journal Nick Casey a twitté ses doutes sur l’engouement des patients de l’hôpital Al-Shifa à voir le Hamas utiliser les locaux comme point presse et base militaire. Ce tweet a été supprimé peu après, sans la moindre explication. Le jour suivant, un journaliste palestinien a écrit dans Libération qu’il avait été interrogé par le Hamas et menacé d’expulsion de la Bande de Gaza. Un collègue lui avait même refusé refuge le soir venu, disant « tu ne plaisantes pas avec ces gens-là »- c’est-à-dire le Hamas- « en temps de guerre ». Deux jours après, l’histoire était retirée du quotidien à la demande du journaliste.

L’ONU et le double standard

Entre le Hamas et l’Etat islamique du Levant, il existe des similitudes : qu’il s’agisse de leur rapport aux droits de l’homme, aux femmes, leur attitude envers les minorités, la répression de la liberté d’expression, de leurs moyens – la lutte armée -, ou de leur objectif, l’instauration d’un régime islamiste extrémiste. Une partie de leur réseau cible les Juifs, l’autre les chrétiens et les minorités. La priorité du Hamas est la destruction de l’État d’Israël. La priorité de l’EIL est d’effacer toute forme de croyance qui diffère de la sienne.

Pourtant, au Conseil des droits de l’homme, ces terroristes sont traités très différemment. Les terroristes islamiques qui s’attaquent à Israël semblent bénéficier d’un traitement de faveur. Si l’on prend en exemple la résolution sur l’Irak du 29 août 2014 (“The human rights situation in Iraq in the light of abuses committed by the so-called Islamic State in Iraq and the Levant and associated groups”, August 29, 2014), en comparaison avec la résolution adoptée par le Conseil sur la bande de Gaza le 24 juillet 2014 (“Ensuring respect for international law in the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem”, July 24, 2014). Sur le traitement des terroristes islamistes, la résolution du CDH sur l’Irak a condamné ISIS 10 fois tandis que la résolution du CDH sur Gaza ne mentionne à aucun moment le Hamas. Concernant les gouvernements qui se sont opposés à ces terroristes, la résolution du CDH sur l’Irak n’a pas condamné Bagdad – même si les troupes de Bagdad ont largué des bombes baril sur les civils, procédé à des exécutions sommaires de sunnites, et perpétré des frappes aériennes aveugles sur des zones peuplées. La résolution du CDH sur la bande de Gaza a condamné le gouvernement israélien 18 fois, même si Jérusalem a pris des mesures sans précédent pour éviter de nuire aux civils, y compris les mises en garde par appels téléphoniques, SMS, dépliants.

Non seulement la résolution sur l’Irak ne remet pas en question le gouvernement chiite de l’Irak mais le CDH salue le régime de Bagdad pour « les efforts visant à promouvoir la liberté religieuse et le pluralisme. »

Pendant l’opération Bordure protectrice, l’ONU a publié des cartes montrant les conséquences désastreuses de l’intervention israélienne. Celles-ci montrent une image catastrophique, marquant les destructions de bâtiments par des points rouges sur l’ensemble de la bande de Gaza. Très partiaux ces documents qui ne fournissent aucun élément de compréhension, omettent d’expliquer que le Hamas a utilisé nombre de ces bâtiments, parmi lesquels des hôpitaux et des écoles, comme sites de lancement de roquettes et pour mener d’autres attaques contre Israël. La plupart du temps, Tsahal a ciblé ces bâtiments afin de faire cesser les violences du Hamas. Cela veut dire que ces points rouges sur les cartes de l’ONU représentent bien plus que des destructions. Ils prouvent par de nombreux exemples l’utilisation par les terroristes de la population civile pour attaquer Israël.

Par ailleurs, le Hamas a violé 11 accords de cessez-le-feu. Il a tiré sur les civils israéliens et sur les forces de Tsahal lors des cessez-le-feu et des fenêtres humanitaires déclarées par l’ONU. Pour autant, c’est contre Israël que l’ONU a ouvert une enquête pour crimes de guerre.

Boycott d’Israël

Le boycott économique et culturel d’Israël, déjà initié depuis 2005 par BDS, a gagné du terrain après le début de l’opération Bordure protectrice. Les appels au boycott d’Israël se multiplient, et malgré le cessez-le-feu illimité conclu, l’ampleur des actions grandit et ce, sur l’ensemble du territoire européen. Le boycott des produits de consommation courante, notamment alimentaires, demeure l’aspect le mieux connu et le plus facilement applicable de la mobilisation. Sur Internet, plusieurs sites, dont celui du BDS, dressent la liste des marques à éviter.

Plusieurs grandes entreprises européennes ont ainsi renoncé à des investissements en Israël, en raison de liens entre des sociétés locales et les « colonies ». Depuis le 1er septembre, ces dernières cesseront par ailleurs d’exporter vers l’UE leurs volailles et produits laitiers, afin de se conformer à des directives européennes. Enfin, plusieurs pays européens, dont la France, déconseillent désormais officiellement d’investir dans les « colonies » israéliennes – « considérées comme illégales au regard du droit international. »

L’impact du boycott est surtout plus symbolique car les biens israéliens les plus susceptibles d’être visés sont des produits alimentaires. Or, l’agriculture ne représente guère plus de 2% du PIB israélien.

Les appels au boycott gagent en popularité au point d’inquiéter sérieusement en Israël, ils sont loin de faire l’unanimité. En France, François Hollande, encore loin d’être président, cosignait avec Manuel Valls, Bernard-Henri Levy, plusieurs intellectuels et une vingtaine d’autres personnalités dans Le Monde en 2010, une tribune intitulée: « Le boycott d’Israël est une arme indigne ».

Mahmoud Abbas s’est lui-même opposé à un boycott d’Israël dans sa généralité tout en soutenant celui des produits issus des colonies. Il estime important d’avoir « des relations avec Israël » et s’est donc désolidarisé du boycott intégral des produits israéliens prôné par le comité BDS. En Israël, le gouvernement commence cependant à s’inquiéter des effets d’un boycott. Une baisse des exportations pourrait avoir des effets importants sur l’économie israélienne et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a considéré le boycott comme un « acte antisémite ». Selon lui, le mouvement BDS qui prône le boycott veut par-là obtenir « la fin de l’Etat juif. »

L’affaire Sodastream est symptomatique de l’inconsistance du mouvement BDS et met en lumière le double standard de ce genre d’organisations. Sodastream, face aux pressions exercées, a décidé de délocaliser son usine de Cisjordanie dans le Négev, à Lahavim. Les 900 Palestiniens, qui bénéficiaient alors d’un salaire 4 fois supérieur à ce qu’ils pouvaient espérer, ont donc été licenciés. Le BDS, en voulant sanctionner Israël, a surtout sanctionné les Palestiniens.

***

Indéniablement, et les responsables israéliens le confessent, les capacités du Hamas ont été largement sous-estimées (arsenal, sophistication des tunnels, etc.). Les services de renseignement vont devoir tirer les leçons de cette guerre. Cependant, l’opération Bordure protectrice se distingue des opérations précédemment menées par Israël. Le traitement médiatique est apparu plus équilibré. Très rapidement, la publication de photos d’enfants morts diffusées sur les réseaux sociaux qui provenaient en réalité de Syrie ou d’Irak, a été condamnée à l’unisson. Les reportages sur les méthodes du Hamas et l’utilisation de boucliers humains se sont multipliés tandis que plusieurs journalistes ont dénoncé la censure du Hamas et les menaces exercées sur eux par l’organisation terroriste.

D’un point de vue diplomatique, cette guerre a permis de consolider la relation israélo- égyptienne. La médiation de l’Egypte dans le cadre des négociations et son engagement aux côtés d’Israël dans la lutte contre le terrorisme aux frontières n’auraient pas été envisageables un an plus tôt, sans le général al-Sissi.

Aujourd’hui, alors que l’Etat islamique sévit au Moyen-Orient et que la barbarie de son action est médiatisée et unanimement condamnée, Israël a une fenêtre d’opportunité pour légitimer son action. Car le combat d’Israël contre le Hamas ne diffère pas du combat européen et américain contre le djihadisme : c’est la défense des valeurs démocratiques et de la liberté qui est en jeu.

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