Le rôle de la France dans le règlement du conflit israélo-palestinien

La déclaration adoptée à l’issue de la conférence internationale pour la paix organisée à Paris le 3 juin dernier atteste de la prudence et du pragmatisme dont a su faire preuve la diplomatie internationale. Elle confirme que l’approche que nous appelons de nos vœux – une approche mesurée et impartiale, doit présider à toute initiative extérieure de bonne volonté. Les retombées de la conférence nous invitent surtout à réaffirmer la méthode à suivre pour une médiation constructive de la paix au Proche-Orient. La réussite du processus de paix israélo-palestinien se décline selon trois échelles complémentaires qui ne sauraient se substituer l’une à l’autre :

1 – au cœur des priorités, il y a l’échelle locale. La négociation sans détours entre Israéliens et Palestiniens s’affirme définitivement comme la pierre angulaire de la solution à deux Etats. L’élément principal du communiqué officiel publié à l’issue de la conférence enjoint les parties à montrer leur engagement pour résoudre tous les contentieux du conflit à travers des négociations directes. Le Président François Hollande l’a d’ailleurs immédiatement précisé en ouverture de la conférence : nous ne pouvons pas nous substituer aux parties prenantes, le choix courageux de la paix revient en premier lieu aux Israéliens et aux Palestiniens a-t-il déclaré. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault l’a confirmé lors de la conférence de presse qui a suivi les discussions : nous ne souhaitons pas remplacer les parties ou leur imposer des solutions ; seules elles peuvent faire la paix a-t-il rappelé.

2 – l’échelle régionale est la plus pertinente pour offrir un cadre favorable aux pourparlers israélo-palestiniens. Etant donnée la situation explosive au Moyen-Orient, il va de soi qu’une implication pacifiée de plusieurs Etats modérés de la région favoriserait la dynamique de paix. Le communiqué officiel du 3 juin conclut d’ailleurs sur le rôle clef que doit jouer la coordination avec les Etats arabes dans l’accompagnement à la résolution du conflit. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a également déclaré à la Knesset le 1er juin dernier qu’il était favorable à une conférence pour la paix qui rassemblerait tous les Etats arabes modérés de la région, inspirée de l’initiative arabe de 2002.

3 – la communauté internationale intervient dès lors comme une soupape de sûreté, de soutien au bon déroulé des négociations à engager. La médiation de la France peut faciliter le dialogue en encourageant concrètement la coopération régionale d’une part et les parties israélienne et palestinienne d’autre part. Ces incitations sont de nature financière, économique ou politique et doivent avoir pour seul objectif de ramener le processus de paix vers la négociation directe, condition sine qua none de son dénouement. Si l’on peut s’attrister de la détérioration de la situation sur le terrain, ce qui nous distancie de la solution à deux Etats est avant tout l’incapacité pour les parties au conflit à en négocier directement les paramètres.

Dès lors, la déclaration du Premier ministre palestinien Rami Hamdallah lors de sa rencontre avec le Premier ministre Manuel Valls dans laquelle il affirme son opposition aux négociations, poursuit lors de la conférence de presse que cette fois Benyamin Netanyahu « n’échappera pas à la communauté internationale », doit nous alerter : il s’agit précisément de court-circuiter la méthode qui fait concensus et qui seule nous conduira à la paix. Nous espérons vivement que la conférence internationale annoncée pour la fin de l’année si elle doit avoir lieu n’ira pas dans le sens stérile d’une internationalisation du conflit. Nous espérons ne pas assister à une répétition de la conférence du 3 juin, un rappel incantatoire des principes généraux à suivre mais la démonstration aussi qu’aucune médiation extérieure à un conflit n’est fructueuse si elle ne conduit pas les parties à des négociations bilatérales directes.

Dit autrement, nous pourrons nous féliciter de l’initiative pour la paix au Proche-Orient du 3 juin à Paris si et seulement si on nous donne à voir Israéliens et Palestiniens négociant à la même table avec le blanc-seing des Etats arabes de la région et les encouragements de la communauté internationale.