Donald Trump espère rafler la mise en Israël

LE MONDE | Par Piotr Smolar 

Les expatriés peuvent faire basculer des Etats clés, selon les républicains.

Marc Zell assume tout. Pendant les primaires républicaines pour la présidentielle américaine, il avait soutenu Marco Rubio, pensant que Donald Trump n’était pas apte à devenir chef de l’Etat. Lorsque le magnat de l’immobilier a obtenu l’investiture du parti, Marc Zell a proposé de démissionner de son poste de vice-président de Republicans Overseas, l’organisation des militants du Grand Old Party (GOP) à l’étranger. Démission refusée.

Et voilà l’avocat, un pin’s « Trump » sur la veste, qui reçoit volontaires et journalistes dans son bureau, au centre de Jérusalem. Il est très enthousiaste. « Notre slogan, c’est : voter Trump est dans l’intérêt d’Israël, dit-il. On n’a jamais organisé ici une telle campagne de terrain. Le niveau d’énergie et de passion des gens est sans précédent. » Dernier grand rendez-vous : le 26 octobre à Jérusalem, les sympathisants de M. Trump l’entendront parler en direct par Skype. Même les scandales sexuels touchant le candidat n’émeuvent pas l’avocat : « Les gens ici pensent plus grand que cela. »

Marc Zell a changé d’avis à propos de Donald Trump pour diverses raisons : l’ampleur de sa victoire aux primaires, « la frustration populaire contre les élites des deux camps », mais aussi l’identité de l’adversaire, Hillary Clinton. « Trump est un outsider en politique, il n’est pas poli. Sa présidence serait historique pour les relations bilatérales avec Israël, prétend-il. Il veut aborder le conflit sans idée préconçue. Au sujet des colonies par exemple, Trump considère qu’il ne doit pas dire aux Israéliens où ils peuvent construire. C’est un changement révolutionnaire. » Lors d’une rencontre avec Benyamin Nétanyahou, le 25 septembre à New York, le milliardaire a promis de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat juif s’il est élu.

Dans ce pays, l’élection américaine n’a jamais été un simple scrutin à l’étranger, observé avec distance. Les relations entre les deux pays sont si étroites qu’Israël est le premier sujet de politique étrangère imposé aux candidats. A cela s’ajoute un enjeu arithmétique, dans une élection qui s’annonce indécise : le vote juif, aux Etats-Unis mais aussi en Israël. Le premier penche largement pour les démocrates, tandis que l’autre est plus favorable au camp républicain. Or le GOP estime que dans certains Etats, le vote des expatriés américains pourrait s’avérer très important, voire déterminant.

L’organisation non gouvernementale I Vote Israel se veut non partisane. En 2012, pour la première fois, elle a mobilisé ses volontaires pour pousser les juifs américains en Israël à s’enregistrer sur les listes électorales. A l’époque, elle avait estimé le nombre de votants potentiels à 160 000. « Aujourd’hui, ils doivent être environ 200 000, souligne Eitar Charnoff, le nouveau directeur de l’organisation. On espère dépasser la participation de 2012, quand 80 000 Américains avaient voté. »

« C’est OK d’être juif »


Marc Zell, pour sa part, estime à environ 160 000 le nombre de votants enregistrés pour le scrutin de novembre. Il est persuadé que cet électorat représente un enjeu important. « On a une étude de cas intéressante : la Floride en 2000, souligne-t-il. L’élection entre Al Gore et George W. Bush s’est jouée à 537 voix près dans cet Etat ; on avait alors eu en Israël 1 500 votes de juifs de Floride en faveur de Bush. Cette année, on espère 10 000 à 12 000 votes ici pour la Floride, et le même nombre en Ohio et en Pennsylvanie, deux autres Etats clés. »

L’avocat Sheldon Schorer a beau avoir été l’ancien associé de Marc Zell, il a participé à toutes les campagnes démocrates en Israël depuis 1988. Il rejette l’idée d’un phénomène Trump, même s’il reconnaît que le candidat républicain devrait obtenir « aux alentours de 60-65 % » au sein de la communauté. « On estime à 8 millions le nombre d’Américains votant à l’étranger, explique Sheldon

Schorer, qui dirigeait jusqu’à récemment les Democrats Abroad (« démocrates de l’étranger ») en Israël. Ici, les Républicains n’en auront pas pour leur argent. Ils veulent simplement, en termes d’affichage, diffuser le message que c’est OK d’être juif et de voter républicain. » Pour cet avocat, les juifs américains arrivés ces dernières années en Israël « sont plus conservateurs et religieux, et penchent probablement pour Trump ». Mais il assure ne pas être inquiet : « Hillary Clinton, c’est trente ans de soutien à Israël. En face, c’est un lancer de dés. »

Aller chercher les voix partout


Derrière ces propos sereins se dissimule, côté démocrate, une faible mobilisation en Israël, comme si les priorités étaient ailleurs. L’équipe républicaine, elle, a déjà ouvert cinq bureaux. Un effort particulier est consenti par exemple en direction du public ultraorthodoxe, moins sensible à la campagne en ligne. L’ouverture d’un premier bureau en Cisjordanie, dans la colonie de Karnei Shomron, a été aussi très commentée par la presse israélienne. En réalité, il s’agit d’un simple ordinateur dans le salon d’un habitant, mais l’intention est claire : aller chercher les voix partout.

Il n’existe que des estimations sur le nombre d’Américains vivant en Cisjordanie – le chiffre de 60 000, cité par certains chercheurs, est contesté par les colons eux-mêmes – mais leur penchant nationaliste et religieux est clair. La plateforme adoptée lors de la convention républicaine en juillet a dû les ravir : pour la première fois de son histoire, le parti a rejeté l’expression « occupation » et n’a pas fait mention d’un Etat palestinien.