Benyamin Netanyahou, « prince » d’Afrique

Accompagné d’une délégation d’une cinquantaine d’hommes d’affaires et de chefs d’entreprises, Benyamin Netanyahou a entamé lundi, une visite de cinq jours dans quatre pays d’Afrique subsaharienne : Ouganda, Kenya, Éthiopie et Rwanda. Il s’agit de la première tournée d’un chef de gouvernement israélien depuis celle d’Itzhak Shamir à Lomé au Togo en 1987 et elle s’inscrit dans une volonté de «  revenir en Afrique par la grande porte », comme l’a déclaré lui-même le Premier ministre israélien.

En novembre 2011 déjà, Benyamin Netanyahou avait déclarait à l’ancien ministre Raila Odinga qu’il nourrissait des ambitions vastes en Afrique : « Nous allons aider à la formation d’une coalition contre le fondamentalisme en Afrique de l’Est, incluant le Kenya, l’Éthiopie, le Soudan du Sud et la Tanzanie ». Chose promis chose due.  Israël a accru son aide en matière de sécurité intérieure, un domaine où ses experts sont déjà très présents. Si l’Afrique ne représente que 2% des exportations de l’État hébreu, le Premier ministre israélien considère que le potentiel d’expansion commerciale est immense. Ses motivations sont également liées à la nécessité pour son pays de nouer de nouvelles alliances. Des intérêts communs, à l’instar de la lutte contre le terrorisme, serviront indéniablement de catalyseur.

13 millions de dollars viennent d’être débloqués par le gouvernement Netanyahou afin de renforcer les projets de coopération avec l’Afrique. Ce budget sera placé dans un nouveau fonds d’investissement géré conjointement avec la Banque mondiale. Mashav, l’agence israélienne de développement international, en profitera pour s’implanter dans les pays visités par Benyamin Netanyahou à travers divers programmes liés à l’agriculture, l’éducation et la médecine.

Le pragmatisme l’a rapidement emporté dans les relations entre les deux partenaires. En pleine Guerre froide, Israël voulait rompre une situation d’isolement en s’assurant le vote des pays africains aux Nations Unies et garantir sa sécurité en formant un  cordon sanitaire autour des pays arabes perçus comme hostiles. Il s’agit de la « doctrine de la périphérie » prônée par David Ben Gourion. Au milieu des années 1960, Israël entretenait des relations diplomatiques avec plus de trente pays africains. Cette politique d’ouverture s’est altérée avec la guerre des Six Jours en 1967, mais surtout au lendemain la guerre du Kippour, en 1973. Le franchissement du canal de Suez par les forces israéliennes a heurté les pays africains, et le choc pétrolier a accru leur dépendance pétrolière vis-à-vis des pays arabes. La majorité des pays africains décident de rompre toute relation avec l’État hébreu. C’est à ce moment là que le Mossad entre en jeu pour se substituer à la voie diplomatique traditionnelle. Israël, isolé au niveau international, cherche alors des soutiens à l’ONU. Le moment est propice pour les hommes d’affaires et les marchands d’armes israéliens prêts à négocier au Libéria, au Zaïre, au Togo, au Cameroun etc. Des gardes présidentielles et des unités d’élites sont formés par des instructeurs israéliens. A la fin des années 1970, Israël réalise plus d’un tiers de ses ventes d’armes en Afrique.

Parallèlement, les accords de Camp David ont marqué le début d’une légère reprise des échanges, mais il a fallu attendre 1982 pour que Mobutu Sese Seko, dans l’ex-Zaïre, annonce la restauration des relations diplomatiques, suivi par le Liberia (1983), la Côte d’Ivoire, le Cameroun (1986) et le Togo (1987). Entre vente d’armes et soutiens logistique, il existe une convergence d’intérêts entre Israël et les pays du continent noir. L’Afrique subsaharienne est une zone géographique instable où Israël a su faire valoir son expérience militaire et technologique.

Jusqu’à présent, la plupart des pays africains qui entretenaient des liens étroits avec Israël le faisaient en toute discrétion. Mais aujourd’hui pour la première fois, des chefs d’Etats africains s’affichent publiquement avec le Premier ministre israélien, ce qui atteste d’un changement positif et d’une amélioration globale de la position d’Israël avec le monde arabe, musulman et africain…