Antonio Guterres, un réformateur à la tête de l’ONU

Par Le Figaro – Maurin Picard

Très respecté, l’ex-premier ministre portugais a pris, mardi, la succession de Ban Ki-moon et risque de se heurter à Donald Trump.

À New York

«L’homme qu’il fallait, au bon moment.» Le compliment, dans la bouche du secrétaire d’État américain sortant, John Kerry, semble seoir à merveille au nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Depuis sa nomination officielle le 12 décembre, et pour cinq ans, à la succession du Sud-Coréen Ban Ki-moon, l’ex- premier ministre portugais et haut-commissaire de l’ONU pour les Réfugiés (HCR) concentre sur sa personne d’immenses attentes, précédées par une flatteuse réputation.

Âgé de 67 ans, ce fervent catholique et parfait francophone fait l’unanimité – authentique exploit – parmi les grandes puissances, les cinq États membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne), et la plupart des 193 pays représentés à l’Assemblée générale, en particulier les «non-alignés». L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a taxé Guterres de «meilleur choix pour le poste». Son homologue français François Delattre jugeait à l’automne qu’avec le Portugais «les Nations unies se dotaient du meilleur barreur possible pour cette période de tempêtes: un leader capable de tracer une direction et de rassembler, un grand professionnel capable de réformer et d’innover, un humaniste doté d’une vraie boussole morale», tandis que l’ambassadeur britannique Matthew Rycroft le qualifiait de «vrai réformateur» pour son œuvre courageuse à la tête du HCR.

Les piques du «president-elect»

Une voix, une seule, est venue entacher ce concert de louanges: celle de la future Administration Trump, a priori beaucoup moins bienveillante et multilatéraliste que celle de Barack Obama. Fidèle à ses habitudes de campagne, le president- elect Donald Trump a tweeté le 26 décembre que l’ONU avait «un très grand potentiel» mais était «juste un club qui ne sert qu’à réunir les gens qui se réunissent, palabrent et passent du bon temps. Tellement triste!»

La pique intervenait quatre jours après le vote d’une résolution des Nations unies dénonçant la poursuite des implantations israéliennes dans les territoires palestiniens Trump, d’un tweet rageur, a averti que «concernant l’ONU, les choses seront différentes après le 20 janvier»,la date de son investiture à la Maison-Blanche et sommant l’État hébreu d’y mettre fin. John Bolton, l’ancien représentant de George W. Bush à l’ONU, rappelait le 10 octobre dans un éditorial au Wall Street Journal que Guterres avait creusé son sillon au sein de l’Internationale socialiste, une tache indélébile à ses yeux, et qu’il ferait bien de «se ranger au bon vouloir des cinq États membres permanents, qui ont, qu’on le veuille ou non, bâti cette maison, et non se dresser contre eux».

Trump, d’un autre tweet rageur, a averti que «concernant l’ONU, les choses seront différentes après le 20 janvier», la date de son investiture à la Maison-Blanche, suggérant une animosité attisée par l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015 et celui sur le climat du 12 décembre suivant, deux textes que le futur quarante-cinquième président des États-Unis a juré de dénoncer, sitôt assis derrière le bureau ovale. Washington contribue à hauteur de 22 % au budget régulier de l’organisation et de 28 % à ses opérations de maintien de la paix, si souvent décriées outre-Atlantique.

Valoriser la «famille humaine»
Ces imprécations pourraient-elles écourter l’état de grâce dont bénéficie Guterres? Après une décennie à tenter de juguler les désastres humanitaires au Moyen-Orient et en Afrique, à organiser les secours auprès de millions de réfugiés et à traiter avec les belligérants en Syrie, au Yémen, en Irak, en Libye, au Soudan du Sud et ailleurs, le diplomate lusitanien a le cuir épais. Avant de pénétrer, mardi matin, au siège des Nations unies, sur les bords de l’East River martelée par une pluie battante, Guterres s’est exprimé par message vidéo, appelant à faire de 2017 «une année pour la paix». «En cette première journée à la tête des Nations unies, a-t-il ajouté en français, une question me pèse sur le cœur: comment venir en aide aux millions d’êtres humains pris au piège de conflits?(…) Je vous demande à tous de prendre avec moi cette résolution: engageons-nous à faire de la paix notre priorité absolue. Tout ce que nous valorisons en tant que famille humaine – la dignité et l’espoir, le progrès et la prospérité – dépend de la paix. Mais la paix dépend de nous. De la solidarité et de la compassion dans notre vie quotidienne au dialogue et au respect quels que soient les clivages politiques… Des cessez-le-feu sur le champ de bataille aux compromis à la table des négociations.»

À commencer par les pourparlers de paix sur la Syrie, où sa personnalité plus affirmée que celle de son discret prédécesseur pourrait bien le rendre incontournable.