Abbas aurait été une «taupe» du KGB

 

 

LE FIGARO | Par Cyrille Louis


La «révélation» intervient alors que Poutine veut organiser une réunion entre le président palestinien et Nétanyahou.

Le «scoop», pour ainsi dire invérifiable, susciterait sans doute un intérêt limité s’il n’avait été publié au moment précis où Vladimir Poutine (http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/09/07/01040- 20160907ARTFIG00001-l-ombre-du-kremlin-plane-sur-la-presidentielle- americaine.php)tente de relancer le dialogue israélo-palestinien. À en croire un document dévoilé mercredi par la première chaîne de télévision israélienne, le KGB compta en 1983 un certain Mahmoud Abbas parmi ses «agents» recrutés à Damas (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/09/08/97001-20160908FILWWW00084-abbas-accuse-d-avoir-ete-au-kgb-absurdites.php). «Cette source très fiable le désigne sous le nom de code Krotov, qui, en russe, signifie: la taupe», précisent les historiens Gideon Remez et Isabella Ginor, à l’origine de la découverte. Le porte-parole du président palestinien a aussitôt balayé des «absurdités» tandis que Mohammed al-Madani, membre du comité central du Fatah (http://www.lefigaro.fr/international/2016/08/18/01003- 20160818ARTFIG00257-fatah-et-hamas-preparent-leur-bras-de-fer- electoral.php), a dénoncé dans le quotidien Haaretz «une nouvelle tentative visant à salir sa réputation».


La pièce à l’origine de la controverse, conservée à l’université britannique de Cambridge, fut rédigée par l’un des principaux archivistes du KGB. Vassili Mitrokhin, apparemment déçu par les errements du pouvoir soviétique, effectua tout au long de sa carrière des copies manuscrites de documents confidentiels qu’il dissimula dans un pot à lait enterré au fond de son jardin. À la chute du rideau de fer, il gagna la Lettonie et prit contact avec l’ambassade américaine, mais la CIA ne se montra guère intéressée par ses archives. Il fut en revanche exfiltré par les services secrets britanniques, qui firent leur miel de cette documentation avant d’autoriser sa publication par étapes au début des années 2000. «C’est dans ce cadre que nous exploitons un dossier de 120 pages consacrés aux activités du KGB au Moyen-Orient, dans lequel apparaissent le nom de Mahmoud Abbas et d’autres personnalités palestiniennes, mais aussi ceux de plusieurs agents recrutés sur le sol israélien», explique Gideon Remez, chercheur à l’Institut Truman de l’Université hébraique. 


Études à Moscou

Seules deux lignes de cette liasse, observeront les sceptiques, sont consacrées au président de l’Autorité palestinienne. Elles mentionnent sa date et son lieu de naissance, mais ne disent rien des circonstances de son recrutement ni du type de renseignements qu’il aurait communiqués au KGB. Le moment choisi pour dévoiler cette liaison présumée, par ailleurs, ne doit rien au hasard. «Les efforts récemment déployés par Poutine pour tenter d’engager une médiation dans le conflit israélo-palestinien nous ont convaincus qu’il était temps d’informer le public», admet Gideon Remez.


La Russie, profitant du flottement manifeste de la relation entre Israël et les États- Unis, cherche depuis plusieurs semaines à organiser une rencontre entre Benyamin Nétanyahou (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/07/22/97001- 20160722FILWWW00185-netanyahou-presente-ses-condoleances-a-abbas- pour-la-mort-de-son-frere.php)et Mahmoud Abbas. À en croire l’agence Interfax, les deux hommes en auraient accepté le principe mais la date resterait à fixer. Coïncidence savoureuse: le vice-ministre Mikhaïl Bogdanov, cheville ouvrière de cette initiative, faisait en 1983 ses premiers pas de diplomate à… Damas. «Qu’il ait, ou non, croisé la route de Mahmoud Abbas, ces connexions laissent penser qu’Israël n’a guère intérêt à accepter une médiation russe», plaide M. Remez.


Né en 1935 à Safed, dans le nord de la Palestine britannique, Mahmoud Abbas se réfugia en Syrie après la création de l’État d’Israël en 1948. Il fit, comme de nombreux futurs dirigeants arabes, ses études à Moscou, où il rédigea une thèse de doctorat fortement controversée sur le génocide du peuple juif. Son entourage soutient aujourd’hui que les liens notoires et privilégiés établis dès les années 1960 entre la Russie et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dispensaient les deux parties d’entretenir des relations clandestines.