Etiquetage des produits issus des implantations juives de Cisjordanie, Jérusalem-Est et du plateau du Golan : la consternante décision de la France

Jeudi 24 novembre, en application d’une décision européenne prise en novembre 2015, le ministère français de l’Economie a demandé aux distributeurs d’ajouter le label d’origine « colonie israélienne » sur les produits en provenance des implantations juives de Cisjordanie, du Golan et de Jérusalem-Est.


Cette décision s’applique à la plupart des denrées alimentaires produites dans les territoires dits « occupés par Israël depuis 1967 » dans les rayons des supermarchés européens. Le document explique que l’omission d’une telle information est « susceptible d’induire le consommateur en erreur quant à la véritable origine du produit. » Dans ce cas, « il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression « colonie israélienne » ou des termes équivalents ».

Pour l’Union européenne comme pour la communauté internationale, les implantations juives de Cisjordanie ne font pas partie du territoire israélien, puisque « la colonisation est illégale au regard du droit international », comme le note le Quai d’Orsay qui précise que « l’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. »

L’étiquetage est une décision éminemment politique qui en dit long sur le positionnement partisan de la France à l’égard d’Israël. Cette mesure aura des conséquences graves sur la légitimité et la sécurité d’Israël et entre en contradiction avec le discours des dirigeants français qui s’y disent pourtant attachés. En prenant partie dans ce conflit pour un camp plutôt que l’autre, la France ne peut prétendre à son statut d’arbitre ou d’intermédiaire car elle suscite la défiance côté israélien, et encourage l’extrémisme et l’irrédentisme côté palestinien.

L’étiquetage est une décision politique inique. Les sanctions sont supposées mettre Israël sous pression mais elles sont surtout une pierre d’achoppement dans les relations entre l’Europe et Israël. La France, qui est l’un des premiers pays à mettre en oeuvre les consignes adoptées par la Commission européenne, se fourvoie. Cette directive était « non contraignante » et la France avait le choix de ne pas l’appliquer comme l’Allemagne, la Hongrie ou encore la Grèce. Pour le gouvernement israélien, il s’agit bien d’une forme de boycott, officiel et légal.

Les hautes instances européennes créent un droit et une souveraineté palestinienne qui n’existent pas (tant qu’il n’existera pas d’Etat de Palestine) en inventant une frontière fictive (la «ligne verte» est une ligne d’armistice, pas une frontière) qui sépare Israël des implantations. Israël « n’occupe » aucun territoire souverain et ne « colonise » pas plus ces territoires disputés que ne le font les Arabes ou les Palestiniens, qui du reste ne sauraient avoir plus de droits et de légitimité que les Juifs sur la terre qui les a vu naitre.

L’application de cette directive prouve une fois encore que l’Union européenne est obsédée par la question de la « colonisation » qu’elle considère, à tort, comme l’unique frein au processus de paix. Pourtant lorsque Benyamin Netanyahou avait décrété le gel des constructions dans les implantations pour une période de 10 mois en novembre 2009, cela n’a aucunement fait progresser les pourparlers. Par ce genre de décision, l’Europe et la France opèrent une fuite en avant qui fait l’impasse sur des négociations rigoureuses, indispensables à l’établissement de la solution à deux Etats, que la communauté internationale appelle de ses vœux.


La frontière entre l’étiquetage des produits des implantations juives et le boycott d’Israël est mince, pour ne pas dire inexistante. Les partisans de ces deux procédés, sous couvert d’humanitarisme et au prétexte d’apporter au consommateur de l’information sur l’origine des biens, militent en réalité́ pour l’isolement d’Israël sur la scène internationale. L’étiquetage prôné par la Commission est une initiative inutile qui participe du double standard auquel est en permanence confronté Israël dans les instances internationales et n’a pour autre objectif que de stigmatiser l’Etat Juif. « C’est incroyable et même inquiétant que la France choisisse d’appliquer la politique du deux poids deux mesures uniquement avec Israël, alors qu’elle ignore plus de 200 conflits territoriaux à travers le monde, y compris à ses portes », a ironisé Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien.

La directive de l’UE est une mesure discriminatoire qui stigmatise Israël comme « puissance occupante » et « Etat colonial ». Elle appuie la rhétorique des pays arabes au sein des organisations internationales et donne une justification au mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions). La question des frontières entre Israël et les Palestiniens se doit d’être discutée entre les deux parties, dans le cadre de négociations directes et non imposées de fait par des initiatives dangereuses. L’étiquetage, du fait de son caractère ambigu et discriminatoire, sera naturellement instrumentalisé par les partisans du boycott d’Israël qui se plaisent à le décrire comme un «Etat d’apartheid,» un «Etat voyou» voué à la destruction.

L’étiquetage entre en contradiction avec un mouvement global de condamnation du boycott d’Israël. Le 11 février dernier, le Sénat américain a adopté une Loi commerciale dont une partie fustige toute action de boycott d’Israël tel qu’il est promu par le BDS. Le 22 février, le parlement canadien a quant à lui voté une motion à l’unanimité condamnant le BDS par une majorité de 229 pour, et 51 contre. En France, la stigmatisation d’Israël est non seulement condamnée par la France dans un Arrêt de la Cour de Cassation du 20 octobre 2015, mais également par l’Union européenne (par la voix de Mme Federica Mogherini). Rappelons que le 2 novembre 2010, François Holande co-signait une tribune intitulée « Le boycott est une arme indigne ». En février dernier, le Conseil de Paris a voté un vœu condamnant les appels au boycott d’Israël suite à l’intrusion de militants du BDS lors d’une représentation d’une compagnie de danse israélienne à l’Opéra Garnier. Tandis que le Premier ministre Manuel Valls jugeait ce mouvement « nauséabond », et dénonçait l’illégalité du boycott, le maire de Toulouse, Jean- Luc Moudenc, a souhaité « s’opposer publiquement à toute tentative d’isoler Israël du concert des nations ».

Si les produits concernés par la directive ne représentent qu’1% des exportations israéliennes, l’impact psychologique est indéniable. Il s’agit d’une occasion pour le BDS d’isoler Israël et pour la France de transformer les consommateurs en acteurs et militants de la cause palestinienne au détriment d’Israël. Il est impensable et inacceptable de monter les citoyens les uns contre les autres dans la situation de tension que connaît la France avec la montée de l’Islam radical et la menace terroriste sur notre territoire.


Sur le plan économique, nul doute que sous pression, les distributeurs pourraient cesser de commercer avec Israël. De plus, les premières victimes de l’étiquetage sont les Palestiniens qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre des entreprises visées. Ils trouvent dans les implantations les ressources qu’ils n’ont pas chez eux. Cette décision aggravera la misère et la désespérance d’une population déjà confrontée aux difficultés économiques et à la corruption qui règne au sein de l’Autorité palestinienne.

Après les résolutions sur Jérusalem adoptées par l’UNESCO, promouvoir l’étiquetage est une autre manière de nier le lien historique entre Israël, les Juifs et Jérusalem. Au mois d’octobre, l’organisation internationale a en effet décidé de rejeter les fondements mêmes de notre civilisation, suscitant une vive émotion dans le monde, en faisant du Mont du Temple un héritage musulman tout en donnant un gage aux islamistes qui, dans une volonté de conquête, ambitionnent de prendre en otage la culture du monde libre et les racines judéo- chrétiennes.

En effet, considérer Jérusalem-Est comme un « territoire occupé » ou une « colonie », revient de facto à nier tout lien entre Israël et la vieille ville, le Mur occidental et le Mont du Temple. Cette contribution apportée par la France et l’Europe à l’acharnement orchestré contre Israël par les Etats arabes avec la complicité d’un certain nombre d’Etats faibles et lâches, participe à cette falsification et réécriture de l’Histoire. Ce sont bien les fondements mêmes de notre civilisation qui sont pris en otage par l’extrémisme islamiste au sein des organisations internationales ou des associations dites droits de l’hommiste. Aujourd’hui plus que jamais, le monde libre doit porter haut et fort la vérité historique et combattre l’obscurantisme.

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Alors que le Moyen-Orient est en proie au chaos et à la barbarie la plus totale, l’Union européenne a décidé de stigmatiser la seule démocratie de la région, confortant ainsi l’ignorance de certains commentateurs qui font, à tort, du conflit israélo-palestinien la cause de tous les maux de la région.

Dans un contexte de débâcle dans le monde arabe, les Palestiniens sont aujourd’hui dans une logique de fuite en avant. Les récents incendies déclenchés en Israël par des terroristes d’un genre nouveau, en témoignent et s’inscrivent dans cette politique du pire, une politique de la terre brûlée.

En appliquant avec zèle la directive non contraignante de la Commission européenne, la France commet une erreur stratégique majeure et une faute politique qui risque d’entamer ses relations avec Israël et d’affaiblir sa voix au Moyen-Orient et dans le monde.

N’y avait-il rien de plus important et plus urgent à faire que de marquer du jaune de l’infamie les produits israéliens ? Cette mesure européenne adoptée par la France ne peut susciter que la consternation et une profonde déception.

Après l’échec de l’initiative française fondée sur une ingérence faite de parti pris, cette diplomatie de pyromane est inutile et dangereuse dans ce Moyen-Orient qui doit plutôt chercher à mobiliser les pompiers de la paix.