Le 14 Décembre dernier, une rencontre était organisée par Elnet avec Kenneth Weinstein, proche de Donald Trump et président de l’Hudson Institute

Le 14 Décembre dernier, à la Maison de la Métropole Nice Cotre d’Azur à Paris, Kenneth Weinstein, était invité par ELNET France, pour une rencontre sur le thème : 

« Election de Donald Trump aux Etats-Unis et nouveaux enjeux au Moyen-Orient: perspectives des relations transatlantiques de la France et de l’Union européenne. » 
Quelle feuille de route le Président élu Donald Trump, qui entrera officiellement en fonction le 20 janvier prochain, entend-il tracer vis-à-vis de l’Europe et du Moyen-Orient ? Ses déclarations résolument isolationnistes et notamment critiques vis-à-vis de l’OTAN au cours de sa campagne se traduiront-elles en actions ? Quelles conséquences géopolitiques peut-on d’ores et déjà en tirer ? 
L’Hudson Institute constitue sans doute le think tank le plus prestigieux et le plus influent de Washington. Fondé en 1961, l’Institut est spécialisé dans la recherche en politique publique et en questions internationales et stratégiques, reconnu et considéré à travers le monde pour son action pour la promotion de la sécurité collective, de la liberté et de la prospérité.

Kenneth Weinstein est Président de l’Hudson Institute, un think tank conservateur, et administrateur d’ELNET. 


Nous ajoutons à cet article, l’interview réalisée par la journaliste FARIDA SETITI (La Provence, BFM et RTL), recueilli la veille des élections américaines.

  • Demain les grands électeurs doivent élire définitivement Donald Trump, pourraient-ils changer d’avis après les révélations sur les cyberattaques russes qui pourraient l’avoir favorisées ?
    Dans la plupart des États, les grands électeurs peuvent revenir sur leur vote. C’est déjà arrivé par le passé comme lors de l’élection de Jimmy Carter, mais cela reste très minoritaire. Trump va être élu sans problème.


  • Son équipe est essentiellement composée d’hommes d’affaires, tel que le patron d’Exxon au poste de secrétaire d’État. Va-t-il gouverner comme il mène ses affaires ?
    Trump aime les gens qui réussis- sent. Cela correspond à son état d’esprit d’homme d’affaires new-yorkais. Son objectif c’est la croissance, la croissance et encore la croissance. Il déteste la bureaucratie. Il veut rompre avec les méthodes habituelles de gouvernement. Il s’est entouré d’une équipe forte pour agir autrement.


  • En tant que New-Yorkais, il a l’habitude des négociations dures. Pour aboutir ou pour casser?
    Trump aime montrer sa puissance et engager les discussions à partir d’une position forte. Il négocie pour aboutir. Pour lui, tout peut se négocier.


  • Président et homme d’affaires, ne va-t-il pas y avoir conflit d’intérêt ?
  • Il en discute avec ses avocats et avec ceux de la Maison Blanche. Le nom de la compagnie Trump figure en grosses lettres partout dans le monde. Il y aura sûre- ment, tout au long de sa présidence, des spécialistes de l’éthique qui parleront de conflit d’intérêt, même sans raison. Trump ne souhaite ni aller en prison, ni être destitué. Il va donc faire le nécessaire pour éviter ce genre de problème.

  • Quelle est sa vision du rôle de l’Amérique dans le monde ?
  • Il a une vision jacksonnienne. Celle d’une Amérique sûre d’elle-même, qui ne cherche pas de grandes aventures, ni à entamer des croisades. Mais d’une Amérique qui se défend contre les menaces extérieures et met l’accent sur sa rénovation économique.

  • Va-t-il proposer à Poutine de codiriger le monde comme lors de la Guerre froide ?
    Non. Poutine va peut-être le lui proposer. Trump va chercher la détente, il va écouter les propositions Russes. Il fera lui aussi ses propositions que Poutine n’aimera pas forcément. Trump va tenir compte de l’attitude du Sénat plutôt hostile à l’égard de la Russie.


  • Quelle solution envisage Donald Trump pour la Syrie ?
    Sa priorité, c’est la guerre contre le terrorisme. Cela ne concerne pas seulement la Syrie, mais aussi l’Afghanistan, les attentats contre les États-Unis et ailleurs. Il comprend l’importance de la lut- te contre le terrorisme comme ici en France. Sa priorité, c’est donc la lutte contre Daech qu’il entend intensifier. Mais d’un autre côté, en Syrie, s’il ménage Bachar al-Assad, il renforce l’Iran et le Hezbollah. Il va donc étudier ce dossier de très près.


  • À propos de l’Iran pour- rait-il revenir sur l’accord concernant le nucléaire ?
    Je ne pense pas qu’il ira jusqu’à le rejeter. Mais il va probablement en durcir les conditions d’applications.


  • Pourrait-il, comme il l’a laissé entendre lors de sa campagne, installer une ambassade américaine à Jérusalem ?
    Il est en train d’examiner les conditions dans lesquelles cela pourrait se faire. Trump a de l’admiration pour le peuple israélien. Pour la manière dont ce peuple a bâti un pays extraordinaire tout en ayant à lutter contre le terrorisme. Il est sans doute le président américain le plus proche d’Israël. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il va donner un feu vert aux Israéliens, puisqu’il a même parlé de la possibilité de négociation de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne.


  • Qu’attend-il de l’Europe, sait-il seulement qu’elle existe?
    Oui, tout à fait. Depuis son élection il a de bonnes discussions avec des dirigeants européens. Il compte sur la solidarité de l’Europe dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour qu’elle assume sa part du fardeau en augmentant ses dépenses de défense. Et enfin qu’elle agisse pour relancer la croissance économique.


  • Est ce que le Président Trump sera aussi imprévisible que l’a été le candidat Trump ?
    Être imprévisible peut être une force. Il l’a montré récemment en prenant au téléphone la présidente de Taïwan, ce qui a désarçonné les Chinois. Mais une fois à la Mai- son Blanche, il va mesurer le poids qui pèse sur lui. Il est probable qu’il continuera à répliquer via twitter s’il est attaqué, mais pas sur les sujets internationaux.